Données personnelles : définition et 20 exemples
Reconnaître les données personnelles : 20 exemples, données sensibles, pseudonymisation et grille de qualification pour vos fichiers.
- La définition des données personnelles
- Vingt exemples pour qualifier vos fichiers
- Ce que la Cour de justice a déjà tranché
- Exemple résolu : un export « anonyme » de support client
- Cas limites fréquents
- Données personnelles et données sensibles
- Un code ne suffit pas à rendre les données anonymes
- Que faire après la qualification ?
- Ce qu’il faut retenir
- FAQ
Un numéro de client, une appréciation dans un dossier ou une adresse IP peuvent être des données personnelles sans comporter de nom. Pour qualifier un fichier, il faut examiner les personnes auxquelles les informations se rapportent et les moyens de les identifier dans le contexte réel d’utilisation.
La définition des données personnelles
L’Art. 4(1) du RGPD vise toute information relative à une personne physique identifiée ou identifiable, directement ou indirectement. Un identifiant ou plusieurs éléments combinés peuvent suffire. L’Art. 4(2) définit largement le traitement : consulter, transmettre ou effacer une information entre également dans cette notion. Un traitement automatisé temporaire ne sort donc pas du RGPD simplement parce qu’aucun fichier durable n’est enregistré. RGPD, Art. 4(1) et 4(2).
Trois questions permettent une première qualification :
- L’information concerne-t-elle une personne physique ? Une donnée sur une société peut aussi concerner son dirigeant, son salarié ou un entrepreneur individuel.
- Peut-on reconnaître cette personne ? Le rapprochement avec un autre fichier ou le contexte peut permettre de le faire sans connaître immédiatement son nom.
- Quels moyens d’identification sont raisonnablement utilisables ? Examinez les accès, les données auxiliaires, le coût, le temps et les possibilités techniques. L’absence d’un nom dans l’export ne constitue pas une analyse d’anonymisation.
Le qualificatif « personnel » ne signifie pas « secret » ou « privé ». Une adresse professionnelle nominative et des informations déjà publiées peuvent rester protégées.
Vingt exemples pour qualifier vos fichiers
Ce tableau donne des exemples de raisonnement. La qualification dépend du lien avec une personne et du contexte, pas du seul nom de la colonne.
| Information | Pourquoi elle peut être personnelle |
|---|---|
| 1. Nom et prénom d’un client | Désignent une personne physique |
| 2. Adresse électronique nominative professionnelle | Identifie un salarié ou un professionnel |
| 3. Téléphone d’un contact | Permet de joindre ou de retrouver la personne |
| 4. Adresse postale d’un particulier | Se rapporte à son lieu de résidence ou de livraison |
| 5. Date de naissance | Identifie indirectement avec d’autres éléments |
| 6. Numéro de client | Relie les opérations au titulaire dans le système |
| 7. Matricule de salarié | Relie les données RH à une personne |
| 8. Numéro de sécurité sociale | Identifiant personnel soumis à un encadrement particulier |
| 9. IBAN rattaché à un particulier | Identifie ou concerne le titulaire du compte |
| 10. Historique d’achats | Décrit le comportement d’un client identifiable |
| 11. Adresse IP | Peut permettre une identification selon les moyens disponibles |
| 12. Identifiant de terminal ou de compte | Permet de suivre un utilisateur identifiable |
| 13. Positions géographiques | Peuvent révéler les déplacements d’une personne |
| 14. Photographie reconnaissable | Représente une personne identifiable |
| 15. Enregistrement vocal | Peut identifier le locuteur ou contenir ses informations |
| 16. Diagnostic dans un dossier patient | Concerne la santé de la personne à laquelle le dossier est relié |
| 17. Résultat d’évaluation professionnelle | Se rapporte aux aptitudes ou au travail du salarié |
| 18. Commentaire relatif à un client | Peut être une donnée personnelle même subjectif ou inexact |
| 19. Plaque d’immatriculation | Peut permettre de relier un véhicule à une personne physique |
| 20. Identifiant codé d’un participant | Reste personnel pour l’organisme capable de le rattacher au participant |
Pour les annotations, le guide sur les champs libres et commentaires permet de passer de la qualification au contrôle de ce qui est réellement saisi.
À l’inverse, un chiffre d’affaires global d’une grande société ou une statistique suffisamment agrégée peuvent ne concerner aucune personne identifiable. Mais « contact@ » n’est pas automatiquement anonyme : dans une entreprise individuelle, l’adresse et son contexte peuvent désigner le professionnel.
Ce que la Cour de justice a déjà tranché
Quatre décisions de la Cour de justice de l’Union européenne servent de repères pour qualifier une information. Elles concernent la directive 95/46/CE ou le RGPD, mais la définition de la donnée personnelle y est restée suffisamment proche pour guider la pratique.
| Décision | Ce qu’elle apporte | Conséquence pratique |
|---|---|---|
| Breyer, C-582/14, 19 octobre 2016 | Une adresse IP dynamique peut constituer une donnée personnelle pour l’éditeur d’un site lorsqu’il dispose de moyens légaux de la rapprocher d’informations détenues par le fournisseur d’accès | Les journaux de connexion et les statistiques de fréquentation ne sont pas hors champ par principe |
| Nowak, C-434/16, 20 décembre 2017 | Les réponses écrites d’un candidat à un examen et les annotations de l’examinateur peuvent être des données personnelles | Une appréciation ou une note interne sur une personne entre dans le champ, même subjective |
| Scania, C-319/22, 9 novembre 2023 | Un numéro d’identification de véhicule (VIN) devient personnel pour celui qui dispose de moyens raisonnables de le relier à une personne physique, par exemple le titulaire d’un certificat d’immatriculation | Une donnée « sur un objet » peut être personnelle selon qui la détient |
| SRB, C-413/23 P, 4 septembre 2025 | Le caractère personnel d’une donnée pseudonymisée s’apprécie aussi du point de vue du destinataire | Documentez la situation de chaque acteur, sans présumer le résultat |
La leçon commune : la qualification est relative aux moyens d’identification dont dispose réellement l’organisme, comme l’indique le considérant 26 du RGPD. Je n’ai en revanche pas rouvert, pour cette mise à jour, le texte intégral de l’arrêt Scania : vérifiez sa portée précise avant de l’invoquer dans un dossier.
Exemple résolu : un export « anonyme » de support client
Prenons un cas hypothétique. Un éditeur de logiciel extrait de son outil de support un fichier sans nom ni e-mail pour l’envoyer à un prestataire d’analyse : identifiant de ticket, date et heure, ville, version du produit, texte libre du client, identifiant de compte haché.
- Ce qui rend le fichier personnel pour l’éditeur. Il détient la table des comptes et peut relier le ticket à un client. L’identifiant de ticket et le haché sont des pseudonymes, non des anonymes.
- Le texte libre. Un client peut y avoir écrit son nom, un numéro de commande ou un problème de santé. Il faut le contrôler ou le retirer.
- Le prestataire. Sa situation est à apprécier séparément : accès à la clé, taille de la ville, possibilité de croiser avec d’autres sources, engagements contractuels. Le contrat ne suffit pas à conclure à l’anonymat.
- Décision. Tant que l’éditeur peut ré-identifier, il traite des données personnelles : base légale, information des clients et contrat de sous-traitance selon les rôles. Le guide sur la pseudonymisation et l’anonymisation détaille les critères pour sortir du champ.
Cas limites fréquents
Les personnes décédées. Le considérant 27 du RGPD exclut leurs données, mais la loi Informatique et Libertés organise en France des directives relatives au sort des données après le décès, et les États membres peuvent prévoir des règles propres.
Les personnes morales. Le considérant 14 écarte les données d’une société en tant que telle, y compris sa dénomination et ses coordonnées. Les informations sur un dirigeant, un associé ou un salarié restent en revanche personnelles.
Les données déduites. Un score, un profil ou une segmentation se rapporte à la personne visée. Si l’inférence révèle une catégorie de l’Art. 9(1), elle peut relever du régime renforcé.
Données personnelles et données sensibles
Les catégories particulières de l’Art. 9(1) comprennent notamment les données de santé, génétiques, certaines données biométriques, les opinions politiques, les convictions religieuses, l’appartenance syndicale et les données concernant la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle. Leur traitement requiert une exception de l’Art. 9(2), en plus d’une base de l’Art. 6(1). RGPD, Art. 6 et 9.
Une photographie ou une voix ne devient pas automatiquement une donnée biométrique relevant de l’Art. 9 : il faut notamment examiner le traitement technique et la finalité d’identification unique. Les condamnations et infractions relèvent du régime distinct de l’Art. 10. Le numéro de sécurité sociale ne figure pas, en tant que tel, dans la liste de l’Art. 9(1) ; son utilisation fait l’objet de règles françaises spécifiques. Consultez la loi Informatique et Libertés pour situer ces règles nationales.
Un code ne suffit pas à rendre les données anonymes
La pseudonymisation dissocie les informations d’identification et les autres données. Pour l’organisme qui possède la table de correspondance ou peut identifier les personnes par d’autres moyens raisonnables, la protection demeure nécessaire.
Il faut cependant éviter une autre généralisation : une donnée pseudonymisée n’est pas nécessairement personnelle pour toute personne qui la reçoit. Dans l’affaire C-413/23 P du 4 septembre 2025, rendue sous le règlement applicable aux institutions de l’Union, la Cour admet que le destinataire puisse ne pas être en mesure d’identifier les personnes. Elle précise aussi que l’obligation d’information du responsable initial s’apprécie à la collecte, de son propre point de vue, avant le transfert. Cette nuance ne dispense donc pas l’émetteur d’informer les personnes. Présentation de l’arrêt par la Cour.
En pratique, documentez séparément la situation de l’émetteur et celle du destinataire : données détenues, accès à la clé, possibilités de rapprochement, garanties techniques et organisationnelles. Un simple engagement à ne pas réidentifier ne démontre pas, à lui seul, une anonymisation.
Que faire après la qualification ?
La présence de données personnelles impose d’abord d’examiner le champ d’application du règlement. L’Art. 2(1) couvre les traitements automatisés et les traitements manuels intégrés ou destinés à un fichier ; l’Art. 2(2) prévoit des exclusions, dont l’activité strictement personnelle ou domestique. L’Art. 3 détermine le champ territorial. Toutes les obligations particulières, comme la désignation d’un DPO ou l’analyse d’impact, ne deviennent pas automatiquement obligatoires pour chaque fichier. RGPD, Art. 2 et 3.
Pour un fichier professionnel relevant du RGPD, produisez une fiche de qualification contenant :
| Rubrique | Résultat à consigner |
|---|---|
| Personnes concernées | Clients, utilisateurs, salariés ou autres groupes réellement présents |
| Informations et rapprochements | Champs, identifiants, commentaires, pièces jointes et fichiers associés |
| Qualification | Personnelles, catégories particulières, infractions, ou anonymes avec justification |
| Usages autorisés | Finalité et base légale de chaque usage |
| Cycle de vie | Accès, destinataires, durée et suppression |
| Incertitude restante | Élément à vérifier et personne chargée de la décision |
Poursuivez avec la checklist de collecte et la procédure de réponse au droit d’accès. Les droits s’exercent selon leurs conditions propres : l’effacement, l’opposition et la portabilité ne sont pas interchangeables ni absolus. RGPD, Art. 17, 20 et 21.
Ce qu’il faut retenir
- Une personne peut être identifiable sans nom ni prénom dans le fichier.
- Les coordonnées professionnelles et les données publiques peuvent être personnelles.
- Donnée sensible, biométrie, infraction et identifiant national appellent des qualifications distinctes.
- Un code ou une suppression de colonnes ne démontre pas une anonymisation.
- Documentez la qualification avant de définir les règles de collecte et d’accès.
FAQ
Une donnée fausse reste-t-elle personnelle ?
Oui, si elle concerne une personne identifiée ou identifiable. Son inexactitude pose une question de rectification ; elle ne la fait pas sortir du champ de protection.
Une base sans noms relève-t-elle du RGPD ?
Elle peut en relever si les identifiants, les croisements ou le contexte permettent de retrouver les personnes. Il faut analyser les moyens d’identification réellement disponibles.
Une adresse IP est-elle une donnée personnelle ?
Elle peut l’être. Dans l’arrêt Breyer (C-582/14), la Cour a jugé qu’une adresse IP dynamique l’est pour l’éditeur d’un site lorsqu’il dispose de moyens légaux de l’associer à un abonné. L’analyse reste contextuelle.
Toutes les données personnelles sont-elles sensibles ?
Non. L’Art. 9(1) vise des catégories déterminées. Une donnée hors de cette liste peut néanmoins présenter un risque élevé, notamment une information financière ou un identifiant permettant une usurpation.
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Thiébaut Devergranne, docteur en droit et fondateur de donneespersonnelles.fr, travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.