Conservation factures électroniques : durées et obligations
Durées de conservation des factures électroniques, obligations fiscales et commerciales, archivage a valeur probante et conformité RGPD.
- Conservation factures électroniques : durées et obligations
- Les durées de conservation légales
- Les conditions de conservation des factures électroniques
- Les solutions techniques d’archivage
- La conformité RGPD de l’archivage
- Obligations spécifiques en cas de contrôle fiscal
- Plan d’action pour la conformité
- FAQ
Conservation factures électroniques : durées et obligations
La dématérialisation des factures dans le cadre de la réforme de la facturation électronique obligatoire pose avec une acuité nouvelle la question de la conservation. Les factures électroniques sont des documents à valeur juridique et fiscale dont la conservation est régie par plusieurs textes distincts, imposant des durées et des conditions spécifiques. L’enjeu est double : assurer la conformité légale (fiscale, commerciale, pénale) et garantir l’intégrité et la lisibilité des documents pendant toute la durée de conservation. Cet article détaille l’ensemble des obligations, les solutions techniques et les points d’attention.
Les durées de conservation légales
La conservation fiscale : six ans
L’article L.102 B du Livre des procédures fiscales impose la conservation des documents comptables et des pièces justificatives, y compris les factures, pendant un délai de six ans à compter de la dernière opération mentionnée sur les livrés ou registres ou de la date a laquelle les documents ou pièces ont été établis. Ce délai correspond au droit de reprise de l’administration fiscale pour la plupart des impôts.
Concrètement, une facturé émise le 15 mars 2027 devra être conservée jusqu’au 31 décembre 2033 (six ans à compter de la clôture de l’exercice). Cette durée de six ans est un minimum absolu pour toute facturé, qu’elle soit émise ou reçue, et quel que soit son format.
La conservation commerciale : dix ans
L’article L.123-22 du Code de commerce impose la conservation des documents comptables et des pièces justificatives pendant dix ans à compter de la clôture de l’exercice auquel ils se rapportent. Cette obligation s’applique à tous les commerçants et aux sociétés commerciales. La facturé émise le 15 mars 2027, pour un exercice clôturant au 31 décembre 2027, devra donc être conservée jusqu’au 31 décembre 2037 au titre du droit commercial.
Cette durée de dix ans est supérieure à la durée fiscale de six ans. C’est donc la durée commerciale qui détermine en pratique la durée minimale de conservation des factures pour les commerçants.
Le délai de prescription civile
L’article 2224 du Code civil prévoit un délai de prescription de droit commun de cinq ans. Toutefois, ce délai peut être plus long selon la nature de l’action (prescription trentenaire en matière de droits réels immobiliers, par exemple). Pour les litiges commerciaux classiques, le délai de cinq ans est généralement suffisant, mais la conservation pendant dix ans au titre du Code de commerce couvre ce risque.
Synthèse des durées
La durée de conservation applicable à une facturé électronique est la plus longue des durées imposées par les différents textes. Pour un commerçant assujetti à la TVA, c’est la durée de dix ans du Code de commerce qui prévaut. Pour une entité non commercante, c’est la durée de six ans du Livre des procédures fiscales qui constitue le minimum. Pour les professions réglementées (avocats, experts-comptables, médecins), des durées spécifiques peuvent s’appliquer.
Les conditions de conservation des factures électroniques
L’intégrité du document
L’article 289, V du Code général des impôts impose que les factures soient stockées dans leur format original. Une facturé émise en format électronique doit être conservée sous forme électronique. Il est interdit de conserver une version imprimee en lieu et place de l’original électronique. Le Bulletin officiel des finances publiques (BOI-TVA-DECLA-30-20-30-10) précise que la facturé doit être conservée “dans sa forme originelle”.
L’intégrité du contenu doit être garantie pendant toute la durée de conservation. Cela signifie que le document ne doit pas être modifiable et que toute tentative de modification doit être detectable. Les formats d’archivage (PDF/A-3 pour les factures Factur-X, XML pour les factures UBL ou CII) doivent être conservés sans altération.
L’authenticité de l’origine
L’identité de l’émetteur de la facturé doit pouvoir être vérifiée pendant toute la durée de conservation. Dans le cadre de la réforme, la transmission via le PPF ou une PDP constitue une garantie d’authenticité. La signature électronique qualifiée, lorsqu’elle est utilisée, doit être conservée avec la facturé et rester vérifiable.
La lisibilité
La facturé doit être lisible pendant toute la durée de conservation. Pour les factures au format PDF ou PDF/A-3, la lisibilité est généralement assurée car ces formats sont largement supportés. Pour les factures au format XML pur (UBL ou CII), un outil de visualisation (feuille de style XSLT ou viewer dédié) doit être disponible pour permettre la lecture humaine du document à tout moment.
L’accessibilité
Les factures doivent être accessibles à tout moment, notamment en cas de contrôle fiscal. L’article L.47 A du Livre des procédures fiscales prévoit que l’administration peut demander la présentation des factures sous forme dématérialisée lors d’un contrôle. L’entreprise doit être en mesure de produire les factures dans un délai raisonnable, avec les outils de lecture nécessaires.
Les solutions techniques d’archivage
Le système d’archivage électronique (SAE)
Un système d’archivage électronique conforme doit garantir l’intégrité des documents (horodatage, empreinte numérique, scellement), la pérennité (migration de format si nécessaire, redondance), la traçabilité (journalisation des accès et des opérations), la confidentialité (contrôle d’accès, chiffrement) et la restitution (capacité a produire les documents dans un délai raisonnable).
La norme NF Z42-013 (AFNOR) et le référentiel SIAF (Service interministériel des Archives de France) définissent les exigences applicables aux SAE. Le respect de ces normes, bien que non légalement obligatoire, constitue une forte présomption de conformité en cas de contrôle.
L’archivage dans le cloud
L’archivage dans le cloud est admis sous réserve que les conditions de conservation soient respectées. Le prestataire d’archivage doit être sélectionné en tenant compte de la localisation des données (idealement en France ou dans l’EEE), des certifications (ISO 27001, HDS le cas échéant, NF Z42-013), des engagements contractuels en matière d’intégrité et de disponibilité, et de la réversibilité des données en cas de changement de prestataire.
Les recommandations de l’ANSSI en matière de sécurité des systèmes d’information dans le cloud sont pertinentes pour le choix du prestataire d’archivage.
Le rôle des PDP dans la conservation
Les plateformes de dématérialisation partenaires (PDP) proposent généralement un service d’archivage des factures transitant par leur plateforme. Ce service peut constituer une solution pratique, mais l’entreprise doit vérifier que les conditions de conservation sont conformes (durées, intégrité, accessibilité) et prévoir une solution de repli en cas de cessation d’activité de la PDP. La responsabilité de la conservation reste celle de l’émetteur et du recepteur de la facturé, indépendamment de la plateforme utilisée.
La conformité RGPD de l’archivage
Données personnelles dans les factures archivées
Les factures contiennent des données personnelles : noms des contacts, adressés, coordonnées, SIREN d’entrepreneurs individuels. L’archivage de ces factures constitue un traitement de données personnelles soumis au RGPD. La base légale de ce traitement est l’obligation légale (article 6.1.c du RGPD), les entreprises étant tenues par la loi de conserver leurs factures.
Durée de conservation et droit à l’effacement
Le droit à l’effacement (article 17 du RGPD) ne s’applique pas lorsque le traitement est nécessaire au respect d’une obligation légale. Ainsi, une personne ne peut pas exiger la suppression de ses données figurant dans une facturé pendant la durée de conservation légale. Toutefois, à l’expiration de cette durée, les factures contenant des données personnelles doivent être supprimées ou anonymisées.
L’articulation entre la durée fiscale (six ans), la durée commerciale (dix ans) et les principes du RGPD est la suivante : pendant les dix ans de conservation obligatoire, le traitement est fondé sur l’obligation légale. Au-delà, les données personnelles n’ont plus de base légale et doivent être effacées. L’entreprise doit mettre en place un processus de purgé automatique à l’expiration des durées légales. Pour une analyse approfondie, consultez notre article sur les données personnelles dans les factures et notre guide sur la facturation électronique et le RGPD.
Sécurité et confidentialité
L’article 32 du RGPD impose la mise en oeuvre de mesures techniques et organisationnelles appropriées pour garantir la sécurité des données. L’archivage des factures électroniques doit intégrer le chiffrement au repos et en transit, le contrôle d’accès base sur les rôles, la journalisation des accès, la sauvegarde et la redondance. Les accès aux archives doivent être limités aux personnes habilitées (service comptable, direction financière, auditeurs).
Obligations spécifiques en cas de contrôle fiscal
La présentation des documents
L’article L.47 A du Livre des procédures fiscales prévoit que lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatises, le contribuable doit présenter les documents comptables sous forme dématérialisée lors d’un contrôle. Les factures électroniques doivent être produites dans leur format original, avec les outils de lecture nécessaires. Le refus ou l’impossibilité de présenter les documents peut entraîner l’application de pénalités.
Le fichier des ecritures comptables (FEC)
Le FEC est un fichier normalise contenant l’ensemble des ecritures comptables de l’exercice contrôle. Les factures électroniques doivent être rattachables aux ecritures du FEC. L’archivage doit donc permettre de retrouver rapidement une facturé à partir de ses références comptables (numéro de facturé, date, montant, compte).
Les sanctions en cas de non-conformité
L’absence de conservation ou la conservation non conforme des factures expose l’entreprise à des sanctions fiscales : amende de 50 % des sommes non justifiées en cas de défaut de présentation des pièces justificatives, rejet des deductions de TVA en l’absence de factures d’achat conformes, et pénalités pour opposition a contrôle fiscal. Les sanctions en matière de facturation électronique sont détaillées dans notre article dédié.
Plan d’action pour la conformité
Inventaire et diagnostic
La première étape consiste à inventorier les flux de factures existants (émission et réception), les formats utilisés, les systèmes de stockage actuels, et a évaluer la conformité par rapport aux exigences légales. Ce diagnostic doit être réalisé en amont de la migration vers la facturation électronique.
Choix de la solution d’archivage
Le choix de la solution doit prendre en compte les volumes (nombre de factures par an), les durées de conservation, les exigences de restitution, le budget, et l’intégration avec les systèmes existants (ERP, PDP). La solution peut être interne (SAE sur site), externe (archivage cloud) ou mixte.
Mise en oeuvre du processus
Le processus de conservation doit couvrir l’archivage automatique des factures des leur émission ou réception, le contrôle d’intégrité périodique, la migration de format si nécessaire (pour garantir la lisibilité à long terme), la purgé automatique à l’expiration des durées légales, et la documentation du processus dans le cadre du système qualité.
FAQ
Peut-on conserver une facturé électronique sous forme papier ?
Non. L’article 289, V du Code général des impôts impose la conservation dans le format original. Une facturé émise ou reçue sous forme électronique doit être conservée sous forme électronique. L’impression papier ne se substitue pas à la conservation électronique. Inversement, une facturé papier numérisée (scan) ne remplacé l’original papier que si la numérisation respecte les conditions de l’article A.102 B-2 du Livre des procédures fiscales (copié fidèle et durable, horodatage, archivage conforme).
Quelle est la durée de conservation d’une facturé électronique ?
La durée minimale est de six ans au titre du droit fiscal (article L.102 B du Livre des procédures fiscales). Pour les commerçants et les sociétés commerciales, la durée est de dix ans au titre du Code de commerce (article L.123-22). C’est la durée la plus longue qui s’applique. Certaines situations peuvent justifier une conservation plus longue (contentieux en cours, obligations sectorielles spécifiques). Au-delà de la durée légale, les données personnelles contenues dans les factures doivent être supprimées conformément au RGPD.
Que se passe-t-il si la PDP cesse son activité pendant la durée de conservation ?
La cessation d’activité d’une PDP ne décharge pas l’entreprise de son obligation de conservation. Le décret relatif aux PDP prévoit des obligations de continuité de service et de réversibilité des données. L’entreprise doit néanmoins prévoir une solution de repli : archivage complémentaire sur un SAE indépendant de la PDP, ou transfert vers une autre PDP. Il est recommandé de ne pas dépendre exclusivement de la PDP pour l’archivage et de conserver une copié de sécurité des factures sur un système propre ou un prestataire d’archivage distinct.