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Lundi 19 octobre 2026
Facturation

Facturation électronique et RGPD : les contrôles

Données, libellés, plateforme agréée, sécurité et conservation : les contrôles RGPD à intégrer à votre facturation électronique.

La facturation électronique n’est pas automatiquement un traitement de données personnelles pour chaque facture. Un document concernant uniquement deux personnes morales peut ne contenir aucune information sur une personne physique. En revanche, un contact nominatif, un entrepreneur individuel ou un libellé détaillé peut faire entrer les données dans le champ du RGPD.

L’enjeu consiste à examiner les flux réels : ce qui figure sur la facture, ce qui est transmis, les accès des prestataires et les usages supplémentaires. La fiche publiée par la CNIL le 10 septembre 2026 fournit un cadre particulièrement utile depuis le démarrage de la réforme.

Ce qu’il faut retenir

  • Identifiez les personnes concernées au lieu de présumer que chaque donnée d’entreprise est personnelle.
  • Séparez les traitements imposés par la loi des usages facultatifs ou commerciaux.
  • La plateforme agit comme sous-traitant pour les opérations réalisées sur instruction ; ses éventuelles réutilisations propres doivent être examinées séparément.
  • Appliquez le calendrier à la réception comme à l’émission : les factures reçues contiennent aussi des données de personnes physiques.
  • Préparez les durées d’archivage, y compris la transition fiscale de 2027, et les garanties de sortie du service.

Où en est la réforme : ce que la CNIL retient du calendrier

Selon la fiche de la CNIL du 10 septembre 2026, la réforme est entrée en vigueur le 1er septembre 2026. Toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques ; l’émission est d’abord imposée aux grandes entreprises et aux ETI, puis généralisée, PME comprises, en septembre 2027. Pour les échéances exactes et les exceptions, reportez-vous à notre calendrier de la facturation électronique.

Conséquence pratique : même une PME qui n’émet pas encore en format électronique reçoit déjà des factures par ce canal. Les flux entrants (factures de fournisseurs indépendants, de professions libérales) contiennent des données de personnes physiques que vous n’avez pas choisies. Le registre et les droits d’accès doivent donc couvrir la réception, pas seulement l’émission.

Cartographier les données et les destinataires

Prenez un petit échantillon représentatif : facture entre sociétés, facture d’un indépendant et opération comportant une description détaillée. Identifiez les données de personnes physiques, les champs libres et les pièces jointes. Étendez l’examen aux exports, journaux et espaces de support.

La CNIL distingue les données de personnes morales des informations sur les contacts ou entrepreneurs individuels. Le contexte professionnel n’exclut pas le RGPD ; il ne suffit pas non plus à le rendre applicable à un document qui n’identifie personne.

Tracez le parcours entre logiciel, plateforme agréée, comptabilité et archivage. Pour chaque étape, précisez le destinataire et les données nécessaires. Le guide des rôles des plateformes et solutions compatibles aide à identifier les acteurs techniques.

Qui est responsable de quoi : tableau de qualification

La CNIL pose le principe suivant : l’entreprise émettrice est en principe responsable de traitement, et la plateforme agréée agit comme sous-traitant lorsqu’elle opère sur instruction. Elle précise que la plateforme devient responsable de traitement dès qu’elle réutilise les données pour son propre compte. Le tableau ci-dessous applique cette logique ; il s’agit d’une grille de lecture, à confronter au contrat réel.

Opération Qualification probable Point à vérifier
Transmission et réception de la facture sur instruction Plateforme sous-traitante (Art. 28) Contrat avec les clauses de l’Art. 28(3)
Archivage probant confié au prestataire Sous-traitant, sauf finalité propre Durée, restitution, suppression en fin de contrat
Statistiques ou enrichissement pour le compte du prestataire Prestataire responsable de traitement pour cette finalité Autorisation écrite, compatibilité, information des personnes
Relance commerciale à partir des contacts de facturation Finalité distincte de la facturation Base légale propre, droit d’opposition

Le détail des clauses attendues figure dans notre guide de l’article 28 du RGPD et dans le modèle de contrat de sous-traitance.

Choisir une base légale par finalité

L’article 6(1)(c) du RGPD peut fonder les traitements nécessaires aux obligations de facturation, de transmission ou de conservation. Identifiez le texte et le périmètre concernés. Une obligation de transmettre certaines données ne justifie pas tout enrichissement du document.

L’article 6(1)(b) suppose un contrat auquel la personne concernée est partie et un traitement nécessaire à son exécution. Le contrat entre deux sociétés ne permet donc pas de fonder automatiquement sur cette disposition tous les traitements concernant leurs salariés. Les opérations facultatives doivent être qualifiées séparément, avec leurs conditions propres.

Évitez la formule « obligation légale + contrat + intérêt légitime » inscrite sans explication dans une fiche unique. Rattachez chaque finalité à la base qui la justifie et distinguez, par exemple, conservation fiscale et prospection ultérieure.

Réduire les libellés et pièces jointes

Un numéro de dossier peut permettre le rapprochement sans exposer le nom d’un bénéficiaire ou le détail d’une situation personnelle. Un identifiant de dossier reste toutefois personnel lorsqu’il permet une réidentification ; il réduit l’exposition sans garantir l’anonymat.

La CNIL souligne aussi le traitement particulier des informations couvertes par le secret professionnel dans le libellé des factures électroniques. Vérifiez les exigences fiscales applicables et retenez une description appropriée, sans pathologie, détail d’un litige ou autre donnée sensible inutile.

Si une donnée relève de l’article 9(1) du RGPD, il faut une exception applicable de l’article 9(2), en plus de la base de l’article 6. Une obligation comptable générale n’autorise pas à inscrire tous les détails sensibles d’un dossier. Le guide des données personnelles dans les factures détaille cette vérification champ par champ.

Examiner le contrat et les réutilisations

Pour les traitements confiés à la plateforme, vérifiez les clauses exigées par l’article 28(3) du RGPD : instructions, confidentialité, sécurité, assistance, sous-traitants ultérieurs, contrôle et sort des données. L’autorisation des sous-traitants ultérieurs peut être spécifique ou générale dans les conditions de l’article 28(2).

Recherchez aussi les clauses permettant des statistiques, de l’enrichissement ou d’autres utilisations pour le propre compte du prestataire. La CNIL encadre la réutilisation de données confiées à un sous-traitant : l’autorisation écrite et l’analyse de compatibilité font partie des conditions à examiner. Une clause générale n’efface pas les autres obligations, notamment l’information et la base légale du nouveau traitement.

Sécurité : ce que l’agrément couvre, et ce qu’il laisse à votre charge

La fiche de la CNIL rappelle que les plateformes doivent être certifiées ISO 27001 et, le cas échéant, s’appuyer sur un hébergement SecNumCloud. Elle ajoute que ces exigences ne suffisent pas toujours : le responsable de traitement doit évaluer si des mesures techniques et organisationnelles complémentaires sont nécessaires, conformément à l’article 32 du RGPD.

Côté authentification, la CNIL indique qu’à terme les moyens d’identification devront atteindre le niveau de garantie « substantiel » du règlement eIDAS, et qu’une authentification à deux facteurs est admise pendant la période transitoire. Elle recommande des comptes individuels, l’abandon des identifiants génériques et l’application du guide d’hygiène informatique de l’ANSSI (42 mesures).

Contrôles propres à votre organisation

La CNIL rappelle que les exigences applicables aux plateformes ne suffisent pas nécessairement à couvrir tous les risques de votre traitement. Contrôlez vos propres comptes, habilitations, exports et règles de partage.

Utilisez des comptes individuels, prévoyez la révocation des accès et attribuez un responsable des alertes. Demandez comment le prestataire vous informe d’une violation : l’article 33(2) du RGPD exige une information sans délai indu au responsable du traitement, et non un délai universel de 72 heures accordé au sous-traitant.

Identifiez les lieux de traitement et les accès de support. Lorsqu’un transfert vers un pays tiers existe, examinez le mécanisme applicable du chapitre V du RGPD. Ne confondez pas localisation annoncée d’un serveur et absence de tout accès international.

Mettre à jour les durées avant 2027

La conservation comptable de dix ans et le délai fiscal doivent être articulés. L’article 36 de la loi du 25 juin 2026 porte le délai fiscal général à dix ans pour les pièces dont le délai expire après le 1er janvier 2027. Cette transition doit être intégrée aux règles d’archivage et de suppression.

Séparez facture probante, copies de travail et données utilisées à d’autres fins. Un litige peut justifier un gel ciblé, sans conservation indéfinie de toutes les copies. Le guide de conservation des factures électroniques détaille la méthode et les sources.

Organiser les droits et la documentation

L’information des personnes doit décrire les usages réels. L’article 13 impose l’information lors de la collecte directe ; l’article 14 encadre la collecte indirecte. Il n’existe pas de report général autorisant à attendre la première facture dans tous les cas. Voir le chapitre III du RGPD.

Prévoyez la recherche des données, leur communication et les corrections nécessaires sans altérer indûment les pièces comptables. L’effacement reste limité lorsque la conservation est légalement nécessaire ; cette limite ne vaut pas autorisation de conserver des champs inutiles.

Documentez le traitement dans votre registre, ses destinataires et les responsabilités de mise à jour. Examinez la nécessité d’une AIPD au regard du risque élevé selon l’article 35(1), sans la rendre automatique pour toute facturation. Un exemple de registre rempli aide à structurer la fiche.

Exemple hypothétique : un cabinet d’architectes de six personnes

Cet exemple est fictif et sert uniquement d’illustration. Un cabinet reçoit des factures de ses sous-traitants, dont plusieurs entrepreneurs individuels, et émet des notes d’honoraires à des particuliers et à des sociétés. Le contrôle s’organise en cinq temps :

  1. Il extrait vingt factures émises et vingt reçues et repère les champs contenant des personnes physiques (nom du client particulier, adresse du chantier, nom du dirigeant).
  2. Il remplace dans les libellés les mentions détaillées par une référence de dossier, tout en conservant ce que la loi impose sur la facture.
  3. Il demande à sa plateforme son contrat de sous-traitance et l’existence éventuelle de clauses de réutilisation.
  4. Il passe de l’identifiant partagé de la comptable à des comptes nominatifs avec double authentification.
  5. Il inscrit la durée de conservation et la suppression des copies de travail dans son registre.

Aucun de ces gestes ne suppose un outil particulier ; le temps nécessaire dépend du volume et n’est pas mesuré ici.

FAQ

Le consentement est-il nécessaire pour la facturation légalement imposée ?

Pas pour le traitement nécessaire à cette obligation, lorsqu’il repose sur l’article 6(1)(c). Un usage supplémentaire ou une donnée sensible appelle une analyse distincte.

L’agrément de la plateforme vaut-il conformité RGPD de mon entreprise ?

Non. Vos modèles de factures, utilisateurs, exports et usages restent à contrôler, ainsi que le périmètre exact de la prestation.

Peut-on refuser toute demande d’effacement visant une facture ?

Examinez la demande. Les données nécessaires à une obligation de conservation peuvent être maintenues ; les copies ou informations excessives ne bénéficient pas automatiquement de la même justification.

Une facture adressée à une société est-elle toujours hors du champ du RGPD ?

Non. La CNIL rappelle que le RGPD ne protège pas les données de l’entreprise elle-même, mais couvre les données de ses salariés, de ses dirigeants ou d’un entrepreneur individuel qui figurent sur le document. Le nom d’un interlocuteur ou d’un signataire suffit à entrer dans le champ.

Dois-je cartographier aussi les factures reçues ?

Oui. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. Les factures de fournisseurs indépendants ou de professions libérales contiennent des données de personnes physiques et relèvent de votre traitement.

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Thiébaut Devergranne est docteur en droit et fondateur de donneespersonnelles.fr. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données personnelles.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

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