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Vendredi 16 octobre 2026
Droit du Travail

DUERP PME : construire un document exploitable

DUERP PME : évaluez les risques par unité de travail, priorisez les actions et organisez les versions, la mise à jour et l’accès.

Une PME doit établir son document unique d’évaluation des risques professionnels dès le premier salarié. Pour le rendre utile, décrivez les situations d’exposition réelles, expliquez leur importance et décidez des mesures de prévention. Sous cinquante salariés, la liste de ces actions figure dans le DUERP ; à partir de cinquante, un programme annuel plus détaillé est requis. Un fichier rempli de risques génériques sans responsable ni suite concrète ne remplit pas cette fonction. Sources : Service Public, obligation dès l’embauche et Code du travail, L. 4121-3-1(III).

La méthode ci-dessous concerne une entreprise privée. Elle donne un exemple partiel renseigné, à confronter aux risques de votre activité ; ce n’est pas un DUERP complet applicable à toutes les PME.

Définir le périmètre avant de remplir une grille

Commencez par les lieux, les activités et les conditions dans lesquelles le travail est effectué. Le Code impose un inventaire par unité de travail, y compris pour les ambiances thermiques. Une unité permet de regrouper des situations d’exposition cohérentes ; elle ne correspond pas nécessairement à un service de l’organigramme. Deux salariés ayant des fonctions différentes peuvent être exposés au même danger lorsqu’ils partagent un espace. Source : R. 4121-1 ; explication méthodologique de l’INRS, rubrique « Les unités de travail ».

Pour une société de services avec bureau et réserve, distinguez par exemple travail administratif, réception et rangement des fournitures, et déplacements professionnels. Demandez qui intervient exceptionnellement dans chaque situation : remplacement d’un collègue, livraison volumineuse, rangement annuel, intervention en dehors des horaires habituels. Un risque occasionnel grave ne devient pas négligeable parce qu’il ne figure pas dans la journée habituelle.

L’évaluation porte aussi sur l’organisation, les équipements, les substances utilisées et les postes. Elle tient compte de l’impact différencié de l’exposition selon le sexe. Cela ne consiste pas à attribuer une fragilité présumée à un groupe, mais à examiner les expositions et conditions effectives au lieu de les supposer identiques. Source : L. 4121-3.

Consignez le périmètre et la date d’observation. Si une activité n’a pas encore pu être examinée, indiquez ce manque et organisez son évaluation. Ne transformez pas « aucune information reçue » en « aucun risque ».

Associer les personnes qui connaissent le travail

L’employeur reste chargé de l’évaluation et de ses suites. Le CSE et sa commission spécialisée lorsqu’ils existent, les salariés désignés pour la prévention et le service de prévention et de santé au travail contribuent selon les dispositions applicables. Le CSE est consulté sur le DUERP et ses mises à jour. Faire circuler le fichier terminé uniquement pour information ne remplace pas cette consultation. Source : L. 4121-3.

Les échanges doivent faire apparaître les écarts entre la procédure et le travail réel. Pour une manutention, demandez où les colis arrivent, comment ils sont déplacés et ce qui se passe quand l’équipement habituel est indisponible. Pour les interruptions de travail, examinez les canaux de demande et les priorités contradictoires, plutôt que de noter seulement que les salariés doivent mieux s’organiser.

Si les compétences internes ne permettent pas d’organiser la prévention, L. 4644-1 prévoit le recours à des intervenants compétents, selon ses conditions, notamment après avis du CSE pour les intervenants visés. Un consultant peut aider à observer et analyser ; son intervention n’autorise pas l’employeur à ignorer les mesures nécessaires. Source : L. 4644-1(I).

Classer les risques sans laisser la note décider seule

Une cotation est un outil d’aide à la décision. Les dispositions citées n’imposent pas une multiplication universelle « fréquence × gravité » ni un seuil unique de risque acceptable. Décrivez d’abord le danger, la situation d’exposition, les personnes concernées et les mesures réellement en place. Une protection seulement commandée ne peut pas être comptée comme déjà efficace.

Vous pouvez retenir une appréciation qualitative justifiée : intervention immédiate, action programmée rapprochée ou surveillance d’une mesure existante. Ces catégories sont une proposition d’organisation, pas un classement réglementaire. L’appréciation doit permettre de comprendre pourquoi une situation est traitée avant une autre, y compris lorsque peu de salariés y sont exposés.

Le choix des mesures suit les principes de prévention : éviter le risque, le combattre à la source, adapter le travail et privilégier les protections collectives. Une nouvelle consigne ou une formation ne remplace pas automatiquement une modification matérielle ou organisationnelle possible. Source : L. 4121-2, notamment 1°, 3°, 4° et 8°.

Les risques psychosociaux doivent être examinés comme les autres risques professionnels. Pour une charge de travail excessive, l’action peut porter sur les objectifs, les moyens et les arbitrages, pas seulement sur une invitation à mieux gérer son stress.

Exemple renseigné : la réserve de la PME Orme

Situation entièrement fictive. Orme emploie dix-huit salariés et dispose d’un CSE. Trois personnes réceptionnent et rangent régulièrement des fournitures dans une réserve ; d’autres y passent. Le 6 octobre 2026, la responsable administrative observe l’activité avec les salariés concernés. L’extrait suivant illustre deux lignes du DUERP, sans prétendre couvrir tous les risques d’Orme.

Élément Ligne R1 : circulation Ligne R2 : manutention
Situation observée Des colis déposés à l’arrivée réduisent le passage devant les rayonnages Des cartons sont portés de l’entrée à une zone de stockage éloignée
Risque évalué Chute de plain-pied en franchissant ou contournant les colis Atteinte liée aux manutentions répétées et à la prise de cartons mal placés
Exposition Réceptionnaires et salariés traversant la réserve Trois réceptionnaires, avec remplaçants occasionnels
Mesures existantes Consigne orale de dégager le passage, sans emplacement de dépôt organisé Un chariot disponible, dont le parcours est gêné par les colis
Priorité motivée Immédiate : le passage est déjà encombré, la consigne ne maîtrise pas la situation Rapprochée : il faut réduire le port manuel et organiser le rangement
Décision Dégager le passage le 6 octobre et réserver une zone de dépôt hors circulation Réorganiser les emplacements et le parcours du chariot ; examiner les besoins d’aide à la manutention
Responsable et échéance Responsable administrative ; sécurisation le jour même Responsable administrative avec l’appui du service de santé au travail ; proposition le 16 octobre
Vérification prévue Observer une réception après aménagement, pas seulement photographier une réserve vide Observer les trajets et manipulations réels avec les utilisateurs avant validation de l’organisation

Les deux lignes se répondent : acheter un autre chariot ne résoudrait pas un parcours obstrué. La mesure immédiate traite une situation déjà présente ; l’analyse de manutention détermine ensuite l’organisation durable. Aucun poids maximal universel ni équipement prétendument adapté à toute réserve n’est déduit de cet exemple.

Dans ce scénario, le CSE contribue à l’examen et est consulté le 12 octobre sur le document et les actions proposées. La sécurisation immédiate du passage n’attend pas cette réunion : l’obligation de protection impose d’agir face au risque identifié. La version finalisée après consultation conserve la trace de la mesure prise le 6, distingue les actions encore ouvertes et est transmise au service de santé au travail. Sources : L. 4121-1, L. 4121-3 et consultation, L. 4121-3-1(VI).

La clôture de R2 demandera une observation concluante et une décision documentée. Si le matériel manque ou si la nouvelle implantation gêne une autre circulation, l’action reste ouverte : revoir l’organisation et les mesures temporaires vaut mieux que cocher « réalisé » à la réception d’une facture.

Adapter les suites à l’effectif

Pour Orme, dix-huit salariés, la liste d’actions figure dans le DUERP et ses mises à jour. Le tableau peut servir de suivi, avec dates de réalisation et vérifications ajoutées au fil de l’exécution. La désignation d’un responsable et d’une échéance est ici un moyen pratique de rendre les décisions exécutables.

À partir de cinquante salariés, L. 4121-3-1(III)(1°) exige un programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail. Il précise notamment les mesures de l’année à venir, leurs conditions d’exécution, indicateurs, coûts estimés, ressources mobilisables et calendrier. La petite liste d’Orme ne suffit donc pas à elle seule pour ce régime. Source : L. 4121-3-1(III).

Pensez également aux données collectives d’exposition à porter en annexe dans les conditions de R. 4121-1-1. Une grille simplifiée de priorités n’établit pas, à elle seule, si les seuils d’exposition concernés sont dépassés ; ce travail demande l’évaluation appropriée. Source : R. 4121-1-1.

Mettre à jour au bon moment

Le DUERP est actualisé au moins annuellement à partir de onze salariés. Quel que soit l’effectif, une mise à jour intervient aussi lors d’un aménagement important modifiant les conditions de travail, de santé ou de sécurité, ou lorsqu’une information supplémentaire intéressant un risque est connue. La liste ou le programme d’actions est alors ajusté si nécessaire. Source : R. 4121-2.

Ainsi, Orme ne doit pas attendre octobre 2027 si un réaménagement important de la réserve est décidé en février. De même, l’analyse d’un accident du travail peut révéler une exposition oubliée ou l’insuffisance d’une protection. Une version annuelle programmée est un rendez-vous de suivi, pas une période pendant laquelle les nouvelles informations seraient mises de côté.

Garder les versions et organiser leur consultation

Les versions concernées sont conservées et tenues à disposition pendant quarante ans à compter de leur élaboration, pas du départ du salarié. La règle issue du décret de 2022 s’applique aux versions en vigueur le 31 mars 2022 ou postérieures. Une version élaborée le 12 octobre 2026 doit donc rester disponible jusqu’au 12 octobre 2066. Sources : R. 4121-4 et décret n° 2022-395, Art. 2.

Conservez un exemplaire daté de chaque version et un index expliquant les changements. Le support papier ou numérique doit rester lisible et accessible ; un fichier modifiable unique, écrasé à chaque réunion, ne permet pas de restituer l’historique.

R. 4121-4 organise l’accès des travailleurs, anciens travailleurs, membres du CSE et autres destinataires habilités. Les anciens salariés accèdent aux versions en vigueur pendant leur activité ; la communication d’anciennes versions peut être limitée aux éléments concernant leur activité. Affichez les modalités d’accès à un emplacement convenable et aisément accessible ; transmettez chaque mise à jour au service de prévention et de santé au travail. Sources : R. 4121-4 et L. 4121-3-1(VI).

Le DUERP assure une traçabilité collective. N’y versez pas des dossiers médicaux ou témoignages nominatifs bruts : leur finalité, leurs destinataires et leur durée de conservation appellent un traitement séparé. L’accès au document collectif ne doit pas devenir un accès aux informations individuelles inutiles. Source : RGPD, Art. 5(1)(c) et (e).

Ce qu’il faut retenir

  • Décrivez les expositions réelles par unité de travail et justifiez vos priorités.
  • Reliez chaque risque aux mesures existantes, aux décisions et à leur suivi.
  • Distinguez les seuils de onze salariés pour la mise à jour annuelle et de cinquante pour le programme annuel.
  • Consultez le CSE lorsqu’il existe, transmettez les mises à jour et gardez les versions.

FAQ

Une entreprise sans accident peut-elle laisser son DUERP vide ?

Non. L’évaluation est préventive : elle examine les situations susceptibles d’atteindre la santé ou la sécurité. L’absence d’accident constaté ne démontre pas l’absence d’exposition.

Faut-il une signature individuelle de tous les salariés ?

Les textes cités n’en font pas une condition générale du DUERP. Organisez leur contribution, l’information et l’accès, sans confondre une feuille d’émargement avec l’évaluation ou la consultation du CSE.

Un budget insuffisant permet-il de reporter toute action ?

Il ne suspend pas l’obligation de protection. Distinguez l’investissement à préparer des mesures immédiatement nécessaires et recherchez une organisation qui maîtrise l’exposition pendant cette préparation.

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À propos de l’auteur. Thiébaut Devergranne est docteur en droit privé, titulaire du CAPA et fondateur de Legiscope. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

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