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Vendredi 16 octobre 2026
CGV / E-commerce

Essai gratuit : encadrer le passage au payant

Essai gratuit puis abonnement payant : rendre le prix visible, adapter le bouton de commande et traiter correctement la rétractation.

Un essai gratuit peut engager le consommateur, dès son inscription, à payer un abonnement après la période offerte. Il faut alors annoncer cet engagement avant la validation, utiliser un bouton exprimant l’obligation de paiement et organiser distinctement la rétractation légale et l’arrêt prévu par le contrat. L’absence de débit immédiat ne dispense pas de ces exigences.

Le choix commercial doit être net : soit le client souscrit maintenant un abonnement dont le début est gratuit, soit il bénéficie d’un accès gratuit et devra accepter une nouvelle offre pour continuer. Ce guide traite des contrats conclus en ligne avec des consommateurs, principalement des services numériques fournis dans la durée.

Ce que le client accepte à l’inscription

Dans le premier montage, l’inaction à la fin de l’essai déclenche le paiement déjà convenu. Le professionnel doit présenter le prix TTC, la fréquence des prélèvements, la durée gratuite, celle du contrat et les modalités d’arrêt. Un prix mensuel ne signifie pas nécessairement que le client peut partir chaque mois : un engagement annuel doit apparaître comme tel.

Dans le second montage, l’essai cesse sans facturation si le client ne souscrit pas. Le professionnel ne peut pas transformer ensuite l’accès gratuit en abonnement par un courriel annonçant un prélèvement. Il doit recueillir l’acceptation de l’offre payante. La présence d’une carte bancaire ne suffit pas à établir l’accord sur un contrat déterminé. Ces informations se rattachent notamment aux caractéristiques, au prix et aux conditions contractuelles exigés par l’article L. 221-5, I.

L’équipe commerciale choisit le montage ; le responsable du parcours vérifie ensuite que l’écran, les CGV et la facturation décrivent tous le même engagement. Une mention « sans engagement » est inadaptée si elle masque en réalité douze mois payants obligatoires après l’essai.

Le bouton doit annoncer le paiement futur

Juste avant la commande, le consommateur doit retrouver de manière lisible les éléments essentiels, notamment le prix et la durée. La fonction de validation porte la mention « commande avec obligation de paiement » ou une formule analogue dépourvue d’ambiguïté. « Commencer gratuitement » seul n’exprime pas l’obligation de payer un abonnement déjà souscrit. Code de la consommation, L. 221-14.

Dans l’arrêt Conny du 30 mai 2024, le paiement du professionnel dépendait du succès d’une démarche relative à un loyer. La CJUE n’a pas admis que cette condition future dispense d’annoncer l’obligation de paiement sur le bouton. Le contrôle du libellé porte sur les mots de la fonction de commande elle-même : un paragraphe explicatif placé ailleurs ne remplace pas un bouton conforme. CJUE, C-400/22, points 38–56 et dispositif.

L’affaire ne concernait pas un essai d’abonnement, mais elle écarte précisément l’argument « rien n’est dû aujourd’hui ». En France, l’exigence du deuxième alinéa de L. 221-14 est prescrite à peine de nullité du contrat électronique. Article L. 242-2. Le contrôle du double clic de commande doit donc inclure le paiement différé.

La fin de l’essai ne recrée pas toujours quatorze jours

Dans Sofatutor, l’offre associait trente jours gratuits, un abonnement payant pour une durée déterminée puis une prolongation automatique. La CJUE retient un seul droit de rétractation lorsque le consommateur a été informé, dès la conclusion, de manière claire, compréhensible et explicite du paiement après la période gratuite. Les conditions contractuelles examinées ne changeaient pas entre ces étapes. CJUE, 5 octobre 2023, C-565/22, points 43–51 et dispositif.

La solution comporte une réserve décisive : si l’information sur ce paiement n’a pas été donnée de cette manière, le consommateur doit bénéficier d’un nouveau droit de rétractation après l’essai, à supposer qu’il soit lié par le contrat. Cette dernière condition importe : un défaut du bouton de paiement se traite aussi au regard des règles de formation, et non uniquement en accordant quatorze jours supplémentaires.

Le support ne doit donc pas répondre automatiquement « votre essai est terminé ». Il recherche l’offre réellement acceptée, la présentation du prix et la version du bouton. Une capture actuelle ne prouve pas l’écran affiché lors de la souscription. Un changement ultérieur de prix ou de prestation exige également sa propre analyse ; Sofatutor ne valide pas toutes les modifications d’abonnement.

Pour une prestation de services, le délai initial part normalement de la conclusion. Le jour de conclusion ne compte pas ; les règles de report du dernier jour restent applicables. Si l’information sur le droit de rétractation manque, une prolongation pouvant atteindre douze mois relève d’un autre mécanisme que la seule information sur le prix. Articles L. 221-18 à L. 221-20.

Un parcours renseigné pour un abonnement fictif

Voici une proposition pédagogique pour un service numérique continu, sans engagement annuel. Le contrat est conclu le 1er octobre 2026 ; l’accès est gratuit jusqu’au 31 octobre à 23 h 59, puis coûte 12 € TTC par mois à partir du 1er novembre. Les dates et le tarif sont hypothétiques, sans référence à une offre existante.

Le contrat permet d’arrêter l’essai jusqu’au 31 octobre sans facturation. Après le passage payant, il prévoit une résiliation à la fin du mois déjà payé. C’est le choix contractuel de l’exemple, sous réserve des droits légaux ; ce n’est pas un délai universel de résiliation.

Élément Rédaction ou action proposée
Récapitulatif avant validation « Gratuit du 1er au 31 octobre 2026 inclus. Puis 12 € TTC par mois à compter du 1er novembre. Contrat à durée indéterminée. »
Conditions d’arrêt affichées « Arrêtez l’essai avant le 31 octobre à 23 h 59 pour éviter tout paiement. Après cette date, résiliation pour la fin du mois payé, sans préjudice de vos droits légaux. »
Bouton final « Commande avec obligation de paiement »
Démarrage immédiat Demande expresse distincte pour accéder au service avant la fin du délai de rétractation
Confirmation Courriel conservable avec conditions acceptées, informations de rétractation et formulaire type, adressé avant activation
Suivi interne Date de conclusion, version de l’offre, acceptations recueillies, premier débit prévu et éventuelle demande d’arrêt

Cette présentation ne constitue pas des CGV complètes. Elle fixe les décisions que les autres documents doivent respecter. La confirmation sur support durable intervient dans un délai raisonnable après la conclusion et, pour ce service, avant son exécution. Un simple renvoi vers une page modifiable ne remplace pas le dossier conservable. Article L. 221-13.

Dans cet exemple, avec une information complète et sans exception applicable, la rétractation expire le 15 octobre 2026 à minuit. L’arrêt commercial reste possible jusqu’au 31 octobre. L’espace client doit montrer ces deux possibilités sans appeler la seconde « rétractation légale ».

Une demande reçue pendant la période gratuite

Le 21 octobre, Lina écrit : « Je ne souhaite pas continuer après l’essai. » Le gestionnaire constate que le délai légal initial est expiré, mais que l’arrêt contractuel est encore ouvert. Il enregistre cet arrêt, retire le premier débit programmé et confirme que l’accès prendra fin le 31 octobre sans somme due. Il ne réclame ni justification ni emploi d’un mot juridique particulier.

La fiche de clôture indique : souscription du 1er octobre ; demande du 21 ; arrêt avant l’échéance contractuelle ; facturation future désactivée ; accès maintenu jusqu’au terme gratuit promis. La personne chargée de la facturation vérifie l’absence d’échéance de novembre, au lieu de se contenter du statut « résilié » affiché au support. Ce contrôle proposé assure la cohérence des engagements ; aucun fonctionnement réel d’un logiciel n’est allégué.

Si la même demande arrivait le 8 octobre, le support examinerait la rétractation. Si elle arrivait le 4 novembre avec une contestation du caractère payant, il vérifierait d’abord le dossier d’inscription et les règles issues de Sofatutor, avant d’opposer les conditions ordinaires de résiliation.

Depuis juin 2026 : rendre la rétractation accessible en ligne

Pour ce contrat conclu en octobre, la fonctionnalité gratuite de rétractation doit être disponible pendant le délai applicable. Les règles entrées en vigueur le 19 juin 2026 ne suppriment pas les autres moyens d’adresser une déclaration non ambiguë. Article L. 221-21.

La première fonction comporte « renoncer au contrat ici » ou une formule analogue ; elle est visible, facilement accessible et directement disponible. Le consommateur peut identifier son contrat, renseigner ses prénom et nom et le moyen électronique choisi pour recevoir l’accusé. Une seconde fonction permet de confirmer la rétractation. L’accusé sur support durable, transmis dans un délai raisonnable, reprend son contenu ainsi que la date et l’heure. Article D. 221-5.

Pour l’exemple, cette fonction reste disponible jusqu’au 15 octobre inclus. L’arrêt contractuel de l’essai reste ensuite accessible selon le parcours convenu. Si une prolongation légale ou un nouveau droit est applicable, le professionnel adapte la disponibilité au délai effectivement ouvert, au lieu d’appliquer aveuglément la date calculée à l’inscription.

L’accès immédiat ne supprime pas tous les droits

Une case « je renonce à ma rétractation » ne suffit pas pour un service continu. L’exécution anticipée relève de L. 221-25 : demande expresse et information requises ; en cas de rétractation, les sommes éventuellement dues correspondent au service fourni, proportionnellement au prix convenu. La perte du droit pour un service payant suppose notamment son exécution complète et les accords préalables exigés par L. 221-28, 1°. Ouvrir un compte ne signifie pas avoir exécuté plusieurs mois de prestation. Articles L. 221-25 et L. 221-28.

Dans le cas proposé, la période déjà utilisée était expressément gratuite : aucune somme n’est réclamée à Lina au titre de cet accès. Les remboursements légalement dus se traitent selon L. 221-24, sans retard injustifié et au plus tard quatorze jours après l’information sur la rétractation, avec le même moyen de paiement sauf accord exprès pour un autre sans frais.

Le service commencé avant la fin du délai et le contenu numérique fourni immédiatement répondent à des conditions différentes. La qualification de l’offre précède la rédaction des cases d’acceptation.

Ce qu’il faut retenir

  • Le paiement futur doit être visible dès l’engagement initial.
  • La période gratuite et le délai légal peuvent finir à des dates différentes.
  • Sofatutor suppose une information initiale claire sur le prix ; le défaut de bouton exige une analyse distincte.
  • Une demande d’arrêt doit se traduire dans la facturation et dans l’accès promis.

FAQ

Un rappel avant le premier débit est-il toujours obligatoire ?

Il n’existe pas, pour tous les essais gratuits, une obligation générale unique ainsi formulée. Un rappel constitue une précaution utile, à organiser selon l’offre et les règles particulières applicables. Il ne répare pas rétroactivement une souscription ambiguë.

Peut-on facturer un essai annoncé gratuit si le client part ?

Pas simplement pour sanctionner son départ. Dans l’exemple, la gratuité couvre toute la période convenue. Une somme due pour une prestation distincte doit avoir un fondement propre, clairement annoncé et valablement accepté.

Faut-il conserver indéfiniment toutes les captures et données ?

Non. Conservez les éléments nécessaires pour rattacher une commande à son offre et traiter les contestations, selon des durées justifiées. Une preuve de version n’exige pas de garder sans limite toute l’activité du client.

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À propos de l’auteur. Thiébaut Devergranne est docteur en droit privé, titulaire du CAPA et fondateur de Legiscope. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

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