Donneespersonnelles.fr

Plateforme de veille en conformite numerique

Lundi 28 septembre 2026
CGV / E-commerce

Commande internationale : choisir l'Incoterm utile

Incoterm : précisez règle, lieu et version, puis contrôlez transport, risques et douane avant acceptation de la commande internationale.

Pour choisir un Incoterm dans une commande internationale, partez de l’opération réelle : transport, point de remise, risque, formalités et capacités des parties. Écrivez ensuite la règle, le lieu précis et la version convenue. Un sigle ajouté à la dernière ligne d’un devis ne résout pas une contradiction entre la promesse commerciale et les prestations commandées.

Ce guide vise une vente de marchandises entre entreprises. Il propose une méthode de décision et un dossier de commande fictif, sans reproduire les règles ICC ni remplacer la lecture de la règle choisie dans son intégralité.

Ce que la référence organise, et ce qui reste à convenir

Les règles Incoterms® de la Chambre de commerce internationale répartissent des obligations, des coûts et les risques entre vendeur et acheteur. Elles ne constituent pas, seules, le contrat de vente. Paiement, propriété, remèdes contractuels et règlement des litiges nécessitent des stipulations et une analyse distinctes. Source : ICC, introduction aux Incoterms® 2020, parties I à III.

Commencez par une fiche d’opération : parties, marchandises, quantités, conditionnement, trajet prévu, contraintes de manutention et échéances. Ajoutez les personnes qui peuvent confirmer chaque information. Un commercial peut connaître la date promise sans savoir si un véhicule pourra accéder au quai de destination.

L’objectif est de remplacer les suppositions par des réponses vérifiables. « Livraison chez le client » laisse ouvertes plusieurs questions : quel établissement, quelle entrée, quel équipement de déchargement et quelle disponibilité ? Une adresse de siège social ne suffit pas lorsque les biens doivent rejoindre un autre site.

Nommer le point utile et la version

Une référence complète peut prendre la forme : [règle retenue] [lieu ou point précisément identifié] Incoterms® 2020. L’introduction de l’ICC recommande cette précision. Pour les règles C, le lieu nommé correspond à la destination du transport payé par le vendeur, tandis que la livraison déterminant le transfert du risque intervient ailleurs : coût jusqu’à l’arrivée et risque jusqu’à l’arrivée ne sont donc pas synonymes.

Faites reformuler les engagements sans sigle par les services commercial et logistique. Si l’un affirme « notre responsabilité s’arrête au départ » et l’autre « nous garantissons l’arrivée », l’équipe doit résoudre la divergence avant de confirmer la commande.

Le numéro de version ne doit pas disparaître lors de la reprise dans le logiciel de facturation ou les instructions de transport. Conservez également le point exact dans les documents opérationnels. « Paris » peut sembler suffisant pour chiffrer une première estimation ; cela ne définit pas forcément le lieu où le transporteur doit se présenter.

Comparer quelques options à partir d’une question précise

Pour une livraison au site de l’acheteur, la différence entre DAP et DPU porte notamment sur le déchargement : en DAP, la remise s’effectue sur le moyen de transport arrivant, prêt à être déchargé ; en DPU, les marchandises sont remises déchargées. DDP ajoute notamment au vendeur les formalités d’importation. Ces repères sont présentés par la Douane française.

La fiche de choix ICC, pages 7 à 9, invite à examiner concrètement les capacités de chargement, de transport et de dédouanement. Elle avertit que son arbre ne s’utilise pas seul. Ne retenez donc pas une règle parce qu’elle apparaît habituelle dans votre secteur si les opérations qu’elle exige ne sont pas réalisables dans ce dossier.

Le contrôle doit identifier l’entreprise qui effectuera réellement chaque tâche, le mandat éventuel et la pièce attendue. « Le transitaire s’en occupe » ne précise ni qui le mandate, ni qui paie, ni quelles informations il attend pour agir.

Dossier fictif T-42 : une commande à destination de Lausanne

Une entreprise française vend, dans cet exemple entièrement fictif, des équipements professionnels à un acheteur suisse. Le devis chiffre les marchandises à 24 000 euros et le transport à 1 200 euros. Le commercial écrit « transport inclus jusqu’au site ». L’acheteur demande une livraison DAP à son établissement de Lausanne et précise qu’il dispose d’un équipement de déchargement.

Avant acceptation, les parties identifient dans leur annexe le site, l’accès et le quai numéro 2. L’acheteur confirme qu’il organise les formalités d’importation, les droits et taxes correspondants et le déchargement. Le vendeur fait confirmer la prestation de transport jusqu’au point convenu. Cette répartition constitue l’hypothèse contractuelle du cas, à examiner avec la règle DAP complète et les régimes applicables.

Question T-42 Réponse à consigner Élément restant à obtenir
Où le véhicule doit-il arriver ? Site et quai 2 identifiés dans l’annexe Instructions d’accès confirmées par l’acheteur
Qui assure la manutention à l’arrivée ? Acheteur dans l’hypothèse retenue Confirmation du matériel et de sa disponibilité
Qui suit l’importation ? Acheteur et intervenant qu’il désigne Contact opérationnel et besoins documentaires
Quel prix est proposé ? 24 000 + 1 200 = 25 200 euros Vérification du périmètre exact du transport
Quel document confirme l’accord ? Commande et annexe concordantes Acceptation de la version finale

Le total de 25 200 euros ne devient pas un « coût rendu toutes taxes comprises ». Les droits, taxes et frais exclus doivent être identifiés selon le dossier ; aucun taux de douane ou de TVA n’est supposé ici. Une cellule laissée vide dans le chiffrage ne signifie pas que le coût est nul.

Un changement de quai peut modifier la décision

Supposons que l’acheteur annonce ensuite que le quai 2 sera fermé et demande au chauffeur de livrer dans un local intérieur nécessitant une manutention particulière. Dans T-42, cette demande dépasse la simple confirmation d’une adresse : elle impose de réexaminer le service demandé et le prix.

Le vendeur ne doit pas répondre « compris » sans vérifier les équipements, l’assurance et les capacités du prestataire. Il peut demander une proposition logistique nouvelle et une modification explicite de l’accord avant expédition. Le montant complémentaire ne doit pas être inventé ni facturé comme s’il avait déjà été accepté.

La fiche de modification contient la demande exacte, la date, son auteur, le lieu finalement retenu, la prestation et la décision des parties. Le responsable du transport reçoit la version acceptée. Conserver uniquement l’email commercial dans une boîte individuelle expose le chauffeur à travailler sur une instruction devenue ancienne.

Rapprocher devis, commande et conditions générales

Le bon de commande B2B doit reprendre la formulation effectivement convenue. Comparez aussi les conditions d’achat, les annexes logistiques et les confirmations automatiques : une référence différente peut s’y glisser sans apparaître dans le premier écran commercial.

Lorsque le droit français des contrats s’applique, l’Art. 1119 du Code civil exige que les conditions générales aient été portées à la connaissance de l’autre partie et acceptées. Il règle aussi les discordances entre conditions générales et la priorité des conditions particulières sur les générales. Il ne faut pas supposer que vos CGV s’imposent simplement parce qu’elles figurent au dos du devis.

Dans une vente internationale, déterminez préalablement le régime juridique applicable, notamment la place éventuelle de la Convention de Vienne. La référence à une règle ICC ne tranche pas cette question. Une clause française copiée dans un modèle ne dispense pas de vérifier sa portée dans l’opération.

Pour T-42, le contrôle documentaire proposé comporte trois états : projet à discuter, version acceptée et instructions d’exécution issues de cette version. Si une divergence reste ouverte, elle doit être visible dans le dossier ; aucune personne ne doit la transformer silencieusement en instruction ferme.

Coordonner la vente, le transport et l’assurance

Le vendeur et l’acheteur doivent vérifier les contrats conclus avec leurs prestataires. Le transporteur n’a pas nécessairement accepté toutes les obligations décrites dans le contrat de vente. Son devis peut prévoir une livraison en bordure de site alors que le commercial a promis l’accès à un quai particulier.

Demandez également qui peut déclarer un sinistre, pour quel intérêt assuré, avec quelles pièces et selon quels délais. Le nom d’une police ne prouve pas que les marchandises, le trajet, la manutention et la valeur concernée sont couverts. Les franchises et exclusions doivent être examinées dans le contrat applicable.

Dans T-42, une perte pendant le transport exige d’établir les faits, le point de remise prévu et les garanties. Le fait que le vendeur ait payé 1 200 euros de transport ne suffit pas, isolément, à déterminer toutes les conséquences juridiques ou le montant indemnisable. Le traitement de l’incident suit les engagements réellement convenus et les autres règles applicables.

Préparez avant départ un circuit de pièces : document de transport, preuve de remise, réserves éventuelles, photos utiles et contacts. Cette préparation facilite la déclaration sans préjuger de son résultat. Ne promettez pas au client un remboursement automatique par l’assureur sans disposer de la décision correspondante.

Traiter séparément propriété, paiement et litiges

Une réserve de propriété mérite une rédaction cohérente avec la répartition des risques. En droit français, l’Art. 1196 du Code civil traite du transfert de propriété et de son articulation avec les risques. Il faut examiner le régime applicable et les aménagements convenus, pas déduire la propriété d’une mention de livraison.

Rédigez aussi les échéances de paiement et leurs justificatifs. Si une étape déclenche un versement, définissez le document qui permet de l’établir et le traitement d’une contestation. Le comptable doit pouvoir appliquer l’accord sans reconstituer seul les échanges de négociation.

La clause de juridiction, la loi applicable et les mécanismes de réclamation doivent être examinés séparément. Pour une difficulté constatée à réception, identifiez les interlocuteurs et les actions urgentes sans inventer un délai universel de réserve valable pour tous les transports.

Une validation finale qui permet de donner l’ordre d’expédier

Le responsable du dossier réunit la règle et sa version, le point nommé, les documents concordants, le prix détaillé, les intervenants confirmés et les instructions acceptées. Il distingue les preuves obtenues des actions en attente : un devis demandé au transporteur n’est pas un transport réservé.

Pour T-42, la décision peut rester « expédition non autorisée » tant que le changement de quai n’est pas résolu. Cette règle interne proposée évite qu’un planning commercial masque une difficulté matérielle. Une fois l’accord stabilisé, l’équipe consigne qui a validé et transmet la même version à chaque intervenant concerné.

Ce qu’il faut retenir

Choisissez la règle à partir des opérations réalisables, puis nommez le point et la version. Faites concorder vente, transport et assurance. Distinguez le prix chiffré, les coûts encore inconnus, le risque et la propriété. Toute modification logistique importante doit revenir dans le circuit d’accord avant exécution.

FAQ

« Livraison comprise » suffit-il dans un devis ?

La formule peut décrire un élément du prix, mais elle ne répond pas aux questions de remise, de formalités ou de manutention. Faites préciser les engagements concrets et la référence retenue.

Faut-il toujours choisir la même règle avec un client régulier ?

Non. Un changement de site, de marchandise ou de mode de transport peut modifier les capacités et le besoin. Réutilisez le dossier précédent comme point de départ, pas comme validation automatique.

Peut-on modifier un sigle après l’expédition ?

Une correction administrative ne doit pas masquer une modification d’engagements déjà exécutés. Examinez l’accord des parties, les faits et les droits des intervenants avant toute modification ; conservez les versions successives.

Recevez nos analyses pratiques de conformité dans la newsletter.

À propos de l’auteur. Thiébaut Devergranne est docteur en droit privé, titulaire du CAPA et fondateur de Legiscope. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

En savoir plus sur l'auteur →