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Vendredi 16 octobre 2026
Droit du Travail

Reprise après une absence : préparer les démarches

Reprise après absence : vérifiez la visite requise, la dispense de juin 2026 et les mesures à organiser avec la santé au travail.

Le retour d’un salarié après une absence ne se réduit pas à réactiver son badge. L’employeur doit déterminer si une visite de reprise est requise, saisir le service de prévention et de santé au travail et organiser concrètement le poste. Une préreprise peut désormais dispenser de la visite de reprise, mais seulement sous conditions cumulatives. Une ancienne visite, sans date ni conclusion pertinente, ne suffit pas.

Ce guide concerne les salariés du secteur privé relevant du Code du travail. Il distingue la préparation administrative, l’évaluation médicale et les décisions d’organisation : ces trois responsabilités ne se remplacent pas.

Première décision : quelle absence prend fin ?

Le régime dépend du motif administratif et de la durée. L’examen de reprise est prévu dans les situations suivantes, sous réserve de la dispense expliquée ensuite :

Absence terminée Seuil déclenchant l’examen
Congé de maternité Pas de durée minimale supplémentaire
Maladie professionnelle Quelle que soit la durée de l’absence
Accident du travail Absence d’au moins trente jours
Maladie ou accident non professionnel Absence d’au moins soixante jours

Dès que la date de fin de l’arrêt est connue, l’employeur saisit le service de prévention et de santé au travail. Celui-ci organise l’examen le jour de la reprise effective ou, au plus tard, dans les huit jours suivants. Il faut donc solliciter le service avant le retour, sans attendre que le salarié ait déjà travaillé huit jours. Code du travail, R. 4624-31.

Le seuil n’est pas une autorisation d’ignorer les absences plus courtes. Pour un accident du travail inférieur à trente jours, l’employeur informe le médecin du travail, qui apprécie notamment l’opportunité d’un examen et de mesures de prévention. Une visite peut aussi être demandée par le salarié ou l’employeur en dehors de ces seuils. La demande du salarié ne peut justifier une sanction. R. 4624-33 et R. 4624-34.

Pour qualifier l’absence, partez du volet employeur de l’arrêt et des informations administratives nécessaires. Le diagnostic, les médicaments ou les résultats d’examens ne permettent pas aux RH de se substituer au médecin du travail.

Pendant l’arrêt : liaison et préreprise ont des fonctions différentes

La préreprise sert à préparer le maintien dans l’emploi après un arrêt de plus de trente jours. Elle peut être organisée à l’initiative du salarié, du médecin traitant, des services médicaux de l’assurance maladie ou du médecin du travail. L’employeur informe le salarié de cette possibilité ; il ne transforme pas cette information en convocation médicale imposée de sa propre initiative. L. 4624-2-4 et R. 4624-29.

Le médecin peut recommander une adaptation du poste, des possibilités de reclassement ou une formation. Depuis juin 2026, sauf opposition du travailleur, l’employeur est également informé de l’organisation de la préreprise, même lorsqu’elle ne conduit pas à de telles recommandations. Cette information ne donne pas accès au compte rendu médical confidentiel. R. 4624-30.

Le rendez-vous de liaison associe, lui, salarié, employeur et service de santé au travail pour informer sur les possibilités d’accompagnement. Il n’est pas une visite médicale et ne peut servir de preuve qu’un poste serait compatible avec l’état de santé. L’employeur informe le salarié qu’il peut demander ce rendez-vous ; son refus d’y participer ne doit entraîner aucune conséquence. Cette possibilité concerne les absences dépassant trente jours. L. 1226-1-3 et D. 1226-8-1.

La dispense de juin 2026 : quatre contrôles concrets

Le décret du 12 juin 2026 s’applique aux arrêts délivrés à compter du 15 juin 2026. La date de retour, prise isolément, ne suffit donc pas à sélectionner le nouveau régime. Pour ces arrêts, l’examen de reprise n’est pas requis lorsque la préreprise a eu lieu dans les trente jours précédant la reprise effective et que le médecin du travail a conclu à l’absence de nécessité de mesures individuelles d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste, ou d’aménagement du temps de travail. Même dans ce cas, une demande du médecin, de l’employeur ou du salarié rétablit la nécessité de la visite. Décret n° 2026-503, articles 2 et 5.

La fiche RH doit donc répondre à quatre points : date de délivrance de l’arrêt, intervalle entre préreprise et retour effectif, conclusion utile du médecin, existence d’une demande de visite. Ce contrôle porte sur la condition administrative et professionnelle de dispense, pas sur le raisonnement clinique.

Trois contre-exemples évitent une application trop large :

  • Une préreprise récente recommande un aménagement d’horaires : la condition d’absence de mesure nécessaire manque.
  • La conclusion médicale convient, mais le retour est repoussé au-delà des trente jours : la date initialement envisagée ne sauve pas la dispense.
  • Toutes les conditions paraissent réunies, mais le salarié demande une visite : sa demande doit être prise en compte.

Si la conclusion pertinente manque, demandez au service de confirmer le régime applicable. Ne cochez pas « dispensé » parce qu’aucun aménagement n’a été signalé au manager. L’absence d’information n’est pas la conclusion exigée par le texte.

Dossier renseigné : deux dates de retour, deux décisions

Prenons un cas fictif. Julie, chargée de facturation, reçoit un arrêt non professionnel le 20 juillet 2026. Son absence, prolongée jusqu’au 18 octobre, dépasse soixante jours. Elle bénéficie d’une préreprise le 25 septembre. Pour l’exemple, le médecin conclut qu’aucune des mesures individuelles visées par le décret n’est nécessaire.

Rubrique du dossier R-12 Valeur retenue Conséquence
Arrêt initial Délivré le 20 juillet 2026 Régime entré en vigueur le 15 juin applicable
Absence Non professionnelle, plus de soixante jours Examen de reprise normalement requis
Préreprise 25 septembre Date à comparer au retour effectif
Retour confirmé 19 octobre Écart de vingt-quatre jours
Conclusion utile Absence de nécessité d’aménagement confirmée par le médecin Condition médicale de dispense remplie
Demande de visite Aucune, selon les échanges du dossier Dispense retenue pour ce retour
Organisation Accueil par la responsable le 19 octobre, dossiers prioritaires identifiés Reprise préparée sans diagnostic collecté

La décision du dossier est précise : pas d’examen de reprise requis pour le retour du 19 octobre dans ces hypothèses. Les RH conservent les éléments utiles à cette décision et transmettent à la responsable les seules consignes professionnelles nécessaires. Elles ne demandent pas à Julie de signer une déclaration selon laquelle elle serait « entièrement guérie ».

Changeons une seule donnée : une prolongation reporte le retour effectif au 2 novembre. L’écart avec le 25 septembre devient trente-huit jours. La dispense fondée sur cette préreprise ne fonctionne plus. Les RH communiquent la nouvelle date au service et obtiennent, dans notre variante, un examen de reprise fixé au 2 novembre. Elles remplacent la décision de dispense dans le suivi, en gardant la trace du motif de changement.

Cette comparaison montre pourquoi une règle automatique calculée une fois pour toutes sur la date de retour prévisionnelle est insuffisante. Une nouvelle préreprise pourrait conduire à un autre examen des conditions ; elle ne doit pas être supposée avoir eu lieu.

La visite aboutit à des mesures : organiser une réponse réelle

L’examen de reprise vérifie notamment la compatibilité du poste avec l’état de santé et examine les propositions préparées après la préreprise. Il peut conduire à des aménagements, à un reclassement ou, le cas échéant, à un avis d’inaptitude. La tenue d’une réunion RH n’accomplit aucune de ces fonctions médicales. R. 4624-32.

Lorsqu’une proposition écrite arrive, traduisez-la en organisation : tâche concernée, équipement ou horaire, responsable de mise en œuvre, date prévue et point de suivi. Par exemple, une restriction portant sur une tâche ne doit pas rester dans un dossier inaccessible au responsable qui continue de l’attribuer. Communiquez la consigne pertinente, sans lui adresser l’ensemble du dossier de santé.

Le médecin peut proposer les mesures après échange avec le salarié et l’employeur. Celui-ci doit les prendre en considération. S’il refuse d’y donner suite, il expose par écrit au salarié et au médecin les motifs qui s’y opposent. Une mention interne « impossible dans notre service » ne satisfait pas ce circuit. Identifiez la difficulté concrète et les solutions discutées, plutôt que de laisser la proposition sans réponse. L. 4624-3 et L. 4624-6.

Un avis d’inaptitude ouvre la procédure de reclassement après inaptitude, avec ses règles propres. Il ne se confond ni avec une préconisation d’aménagement ni avec l’opinion du manager selon laquelle le retour serait difficile.

Préparer le travail et traiter les difficultés

Avant le retour, désignez un interlocuteur RH, informez le responsable de la date confirmée et préparez les accès utiles. Organisez la transmission des dossiers : demander de rattraper immédiatement toutes les tâches accumulées pendant l’absence peut rendre l’accueil matériellement irréalisable. Le suivi de la charge en forfait jours et les repos quotidiens continuent de s’appliquer selon le régime du salarié.

Si le service ne propose pas de créneau dans les huit jours alors qu’une visite est requise, relancez-le en rappelant les dates et le motif. Conservez la saisine et la réponse, faites examiner rapidement l’organisation provisoire et les restrictions connues. Un rendez-vous tardif proposé par le service n’est pas une dispense ; une convocation seulement envoyée n’est pas un examen réalisé.

Le suivi peut tenir sur une fiche : régime de visite, demande envoyée, rendez-vous confirmé, examen réalisé ou dispense justifiée, mesures reçues et traitement de chacune. Limitez les destinataires et les données à cette finalité. Le principe de minimisation de l’Art. 5(1)(c) du RGPD exclut la collecte d’informations médicales simplement « au cas où ». RGPD, article 5.

Ce qu’il faut retenir

  • Le motif et la durée de l’absence déterminent le régime initial de visite.
  • Une préreprise ne dispense que si toutes les conditions de juin 2026 sont réunies.
  • Un report du retour ou une demande de visite peut changer la décision.
  • Les propositions médicales appellent une réponse concrète, distincte du planning administratif.

FAQ

Faut-il payer le temps passé à la visite de reprise ?

Le temps des visites et examens est pris sur les heures de travail sans retenue de salaire, ou rémunéré comme temps de travail effectif si le rendez-vous ne peut avoir lieu pendant ces heures. Le temps et les frais de transport sont également pris en charge par l’employeur. R. 4624-39.

Le rendez-vous de liaison autorise-t-il une reprise anticipée ?

Non. Il informe et prépare ; il ne modifie pas lui-même les dates de l’arrêt et ne remplace pas les démarches nécessaires à une reprise anticipée. Ne saisissez pas une date de retour en paie sur cette seule base.

Une absence de onze jours pour accident du travail ne demande-t-elle aucune action ?

L’examen de reprise n’est pas automatiquement déclenché par cette durée. En revanche, l’employeur informe le médecin du travail de cet arrêt, conformément à R. 4624-33 ; le médecin peut apprécier la nécessité d’un examen ou de mesures de prévention.

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À propos de l’auteur. Thiébaut Devergranne est docteur en droit privé, titulaire du CAPA et fondateur de Legiscope. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

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