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Vendredi 16 octobre 2026
CGV / E-commerce

Archivage des contrats en ligne : seuil et durée

Archivage des contrats électroniques : seuil de 120 €, durée de dix ans et accès du client. Organisez la conservation sans tout garder.

Supprimer un compte client ne permet pas toujours de supprimer le contrat qui lui est associé. Pour certaines ventes conclues par voie électronique, le professionnel doit conserver l’écrit et pouvoir le restituer. Le déclencheur, le point de départ et l’accès du client méritent donc un paramétrage distinct de la base marketing.

Le seuil de 120 euros déclenche une obligation spécifique

L’article L. 213-1 du Code de la consommation prévoit la conservation de l’écrit constatant un contrat électronique et l’accès du cocontractant qui le demande. L’article D. 213-1 fixe le seuil à 120 euros : le montant égal à 120 euros est inclus. Ce guide applique ce régime aux contrats de consommation ; il ne transforme pas ce seuil en règle universelle de tous les contrats B2B. Sources : article L. 213-1 et articles D. 213-1 et D. 213-2.

Le montant porte sur le contrat. Ne le remplacez pas automatiquement par le prix de chaque ligne du panier ni par le montant de chaque échéance. Pour une offre récurrente complexe, qualifiez d’abord les engagements réellement conclus.

Trois exemples fictifs montrent comment traduire ce seuil dans un outil de vente :

Opération Lecture du seuil Conséquence pour ce régime
Un contrat portant sur un achat de 110 euros Montant inférieur à 120 euros Le seuil de L. 213-1 n’est pas atteint
Un contrat comprenant deux articles, pour 140 euros au total Le total contractuel dépasse 120 euros Ne pas traiter séparément les deux lignes pour écarter l’archivage
Un contrat de 300 euros payable en trois fois 100 euros Le fractionnement concerne le paiement Ne pas appliquer le seuil à chacune des échéances

Pour un abonnement renouvelable, distinguez l’engagement initial, les renouvellements et les éventuels avenants. Le paramétrage doit suivre cette qualification ; multiplier mécaniquement le prix mensuel par dix ans ne détermine pas le montant du contrat. Si l’offre ne permet pas d’identifier clairement la somme sur laquelle porte l’engagement, faites d’abord clarifier ses conditions contractuelles.

Dix ans, avec un point de départ à distinguer

D. 213-2 prévoit deux configurations :

Situation Conservation prévue
Livraison du bien ou exécution de la prestation immédiate Dix ans à compter de la conclusion
Livraison ou exécution ultérieure De la conclusion jusqu’à la livraison ou l’exécution, puis dix ans à compter de celle-ci

Exemple hypothétique. Un contrat de vente est conclu le 26 septembre 2026 et le bien est livré le 15 octobre 2026. Le dossier est conservé dès la conclusion ; la période de dix ans s’étend ensuite jusqu’au 15 octobre 2036. La date du 26 septembre 2036 serait trop précoce pour ce calcul. Si la prestation avait été exécutée immédiatement le 26 septembre 2026, le point de départ aurait été la conclusion. Ces calculs illustrent le régime spécifique, sans régler les autres motifs de conservation qui pourraient concerner le dossier.

Enregistrez donc deux champs distincts : date de conclusion et date réelle de livraison ou d’exécution. Une date prévisionnelle n’est pas une preuve de réalisation. Lorsqu’elle change, le service qui constate la livraison doit transmettre l’information à l’archive, et pas seulement au transport ou à la facturation.

Pour une prestation exécutée sur une période ou comportant plusieurs livraisons, faites qualifier l’événement qui correspond à l’exécution du contrat concerné. Un champ laissé vide ne doit pas produire une purge automatique dix ans après la commande. Prévoyez une file de dossiers à compléter, avec une personne chargée de retrouver l’événement et sa pièce justificative.

Que doit contenir l’archive ?

L’objet est de retrouver l’écrit qui constate le contrat. Selon le parcours, il peut être composé de plusieurs pièces. La matrice suivante est une méthode documentaire, pas une liste légale exhaustive.

Pièce Utilité
Confirmation et contenu de commande Identifier les engagements, le prix et les parties
CGV correspondant à la vente Retrouver les clauses effectivement rattachées au contrat
Conditions particulières et annexes Comprendre les adaptations propres à cette opération
Trace de conclusion Relier les documents à la date et au parcours utilisés
Date de livraison ou d’exécution Calculer le point de départ applicable

Un export de la seule facture ne reconstitue pas nécessairement toutes les stipulations. De même, un dossier de contrat n’a pas à absorber toutes les conversations commerciales ou les données de navigation du client.

Exemple de dossier d’archive renseigné

Pour la vente fictive conclue le 26 septembre 2026, le responsable du site peut organiser un dossier COM-2026-0926-014 contenant le récapitulatif accepté, les conditions particulières du produit, les CGV dans leur version du 1er septembre et la confirmation adressée au client. L’index associe ce dossier à la référence de vente, à la date de conclusion et à la livraison du 15 octobre. Il indique l’échéance du régime d’archivage et l’équipe habilitée à restituer les pièces.

Les noms de fichiers et cette composition sont une proposition d’organisation, pas un format imposé par D. 213-2. L’essentiel est de pouvoir reconstituer l’écrit constatant les engagements. Si certaines conditions figuraient dans une annexe, celle-ci doit rester rattachée au dossier. Un simple lien vers une page qui sera remplacée lors de la prochaine mise à jour des CGV ne conserve pas son contenu historique.

Lorsqu’un avenant intervient, gardez la chronologie : contrat initial, avenant, date et portée de la modification. Écraser l’ancien document sous le même nom rendrait l’explication de la relation contractuelle plus difficile. À chaque migration de logiciel, vérifiez sur des dossiers autorisés que les pièces, leurs liens et les informations de recherche restent lisibles dans le nouvel environnement.

L’archivage à valeur probante traite la conservation et l’intégrité des pièces. Il faut aussi prévoir un index de recherche : une archive intègre mais introuvable reste inutilisable pour répondre au client.

Organiser l’accès même après fermeture du compte

L. 213-1 impose de garantir l’accès sur demande pendant la période applicable. Évitez donc un dispositif qui ne fonctionne qu’avec un compte client actif.

Prévoyez une procédure alternative auprès du service client : référence de commande, vérification proportionnée de l’identité, recherche du dossier et remise sécurisée. Une copie systématique de pièce d’identité n’est pas automatiquement nécessaire. L’enjeu est d’éviter la communication à un tiers tout en rendant l’accès effectif.

Procédure de restitution pour un ancien client

Supposons que le client de l’exemple demande son contrat après avoir fermé son compte. Le service client enregistre sa demande et recherche d’abord la référence fournie. Il vérifie ensuite la correspondance avec le cocontractant en utilisant les informations pertinentes déjà disponibles. Une adresse électronique différente de celle de l’achat justifie un contrôle adapté ; elle ne prouve ni une fraude ni l’impossibilité de répondre.

La personne habilitée extrait les pièces du contrat et vérifie qu’aucun document d’un autre client n’est joint. Elle fournit une copie lisible par un canal approprié et indique ce que contient l’envoi : contrat, conditions rattachées et éventuels avenants. Elle consigne la date de remise et les documents transmis. Cette trace de restitution n’exige pas de recopier tout le contenu du contrat dans l’outil de support.

Si une pièce manque, le dossier est confié à l’équipe capable de la rechercher dans l’ancien système ou auprès du prestataire concerné. Ne remplacez pas silencieusement les conditions de 2026 par celles du jour. Signalez précisément la difficulté et suivez sa résolution. Une absence de résultat dans l’interface commerciale ne suffit pas à conclure que l’archive n’existe plus.

L. 213-1 prévoit l’accès sur demande ; ce texte n’énonce pas un délai chiffré de trente jours. N’annoncez donc pas ce délai comme une règle d’archivage tirée de cet article. Une demande peut aussi exercer un droit au titre du RGPD : ses conditions et délais doivent alors être traités selon ce régime distinct.

Informez également le client des modalités d’archivage et d’accès lorsque l’article 1127-1, 4°, du Code civil s’applique. Le guide des informations obligatoires de vente en ligne permet de replacer cette information dans le parcours.

Séparer l’archive des usages commerciaux

La CNIL distingue l’utilisation courante et l’archivage intermédiaire. Traduisez cette séparation dans les accès : les personnes chargées d’un litige ou de la restitution peuvent consulter l’archive selon leurs missions ; l’équipe commerciale ne doit pas réactiver toute la base pour prospecter.

Le RGPD reconnaît l’exception à l’effacement lorsque la conservation répond à une obligation légale, Art. 17(3)(b). Cette exception est ciblée : elle ne justifie pas la conservation de toutes les données du compte. Source : RGPD. Ajustez votre politique de durée de conservation des données par document et finalité.

À l’échéance, vérifiez les autres motifs applicables avant la suppression : par exemple, un contentieux effectivement identifié peut nécessiter certaines pièces. Consignez alors le périmètre conservé, sa justification et une nouvelle date de revue. Le seul souhait de garder « au cas où » tous les dossiers ne constitue pas une politique de conservation définie.

L’opération doit couvrir les copies maîtrisées : archive principale, export transmis en interne et éventuelles réplications. Les sauvegardes suivent une procédure documentée pour éviter qu’une restauration remette les données dans un usage courant sans contrôle. La clôture du dossier doit décrire ce qui a été supprimé et ce qui reste temporairement conservé, plutôt que promettre une disparition instantanée de toute copie.

Ce qu’il faut retenir

  • Le régime étudié vise les contrats électroniques atteignant 120 euros.
  • Distinguez conclusion immédiate et exécution ou livraison ultérieure.
  • Conservez les pièces permettant de reconstituer le contrat.
  • Maintenez une voie d’accès lorsque le compte client est fermé.
  • Réservez l’archive à ses finalités ; elle n’est pas une base de prospection.

FAQ

En dessous de 120 euros, faut-il tout supprimer ?

Non. D’autres obligations ou besoins justifiés de preuve peuvent s’appliquer. Le seuil détermine ce régime spécifique, pas l’ensemble des règles comptables, fiscales ou de conservation.

Une facture suffit-elle comme archive du contrat ?

Pas nécessairement : elle peut ne pas contenir les conditions acceptées ni toutes les caractéristiques contractuelles. Examinez les documents qui constatent réellement les engagements de votre parcours de vente.

Le client doit-il conserver son compte pour demander le contrat ?

L’accès légal sur demande ne doit pas dépendre du maintien d’un compte actif. Prévoyez une procédure de recherche et de restitution adaptée aux anciens clients.

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À propos de l’auteur. Thiébaut Devergranne est docteur en droit privé, titulaire du CAPA et fondateur de Legiscope. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

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