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Lundi 28 septembre 2026
Droit du Travail

Entretien de parcours : organiser le suivi employeur

Entretien de parcours professionnel : actualisez les échéances, distinguez les événements déclencheurs et conservez un compte rendu utile.

L’entretien de parcours professionnel doit être organisé pendant la première année suivant l’embauche, puis tous les quatre ans selon le cadre légal actuel. Ce rythme ne suffit pourtant pas à tenir le calendrier : certaines reprises d’activité, la visite de mi-carrière et l’état des lieux récapitulatif ont leurs propres règles. Un accord collectif applicable peut également imposer une périodicité plus courte.

Pour l’employeur, la bonne unité de suivi est donc le dossier individuel : événement déclencheur, échéance, entretien réellement tenu, document remis et actions décidées. L’entretien concerne le parcours et les possibilités d’évolution ; il ne remplace pas l’évaluation du travail.

Construire un calendrier avec plusieurs déclencheurs

L. 6315-1 distingue les situations suivantes. Elles doivent être rapprochées, sans considérer qu’un entretien récent dispense automatiquement de tous les suivants. Source : L. 6315-1, I à V.

Situation Règle à inscrire dans le suivi
Embauche Information à l’embauche et premier entretien au cours de la première année
Salarié restant dans l’entreprise Entretien tous les quatre ans, sous réserve d’une périodicité conventionnelle applicable plus courte
Reprise après une absence légalement visée Proposition systématique si aucun entretien de parcours n’a eu lieu dans les douze mois précédant la reprise
Visite médicale de mi-carrière Entretien dans les deux mois suivant la visite
Premier entretien dans les deux années précédant les soixante ans Ajout des sujets de maintien dans l’emploi et d’aménagement de fin de carrière
État des lieux récapitulatif Tous les huit ans ; le premier peut être réalisé sept ans après le premier entretien suivant l’embauche

Pour les reprises, le texte vise notamment maternité, adoption, congé supplémentaire de naissance dans son champ d’application, congé parental, proche aidant, congé sabbatique, mobilité volontaire sécurisée, certaines périodes à temps partiel, arrêt longue maladie visé par le texte et fin de mandat syndical. Ce n’est pas une obligation déclenchée indistinctement par chaque journée d’absence. L’entretien peut être anticipé à l’initiative du salarié.

Le contrôle des douze mois concerne cette proposition au retour. Il ne permet pas d’écarter l’entretien consécutif à la visite de mi-carrière. Pour cette dernière, conservez la date de la visite et calculez séparément les deux mois, même si le salarié vient de bénéficier d’un entretien périodique. Source : L. 6315-1, I et IV.

Reprendre les anciens calendriers sans effacer l’historique

La réforme du 24 octobre 2025 a remplacé les rythmes légaux de deux et six ans par quatre et huit ans. Pour les cycles en cours, le ministère retient l’allongement des délais non expirés au 26 octobre 2025 en conservant leur point de départ : le dernier entretien réalisé pour le délai périodique, l’ancienneté pertinente pour le bilan. Les obligations déjà échues ne disparaissent pas par un déplacement de date dans le logiciel. Sources : ministère du Travail, questions-réponses sur les cycles en cours et Code civil, Art. 2222.

Examinez séparément les accords collectifs portant sur la périodicité. La loi prévoit leur mise en conformité, avec application du nouveau cadre à compter du 1er octobre 2026 aux accords concernés encore en vigueur. Le plafond devient quatre ans ; un rythme plus court n’est pas supprimé du seul fait de cette date. Le contenu de l’entretien ne doit pas être laissé sous son ancienne forme au motif qu’un accord organise encore sa périodicité. Source : L. 6315-1, III et disposition transitoire reproduite sous l’article.

Gardez l’ancienne échéance, le fondement du recalcul et la nouvelle date dans le dossier. Une ligne « prochaine échéance 2028 » sans dernier entretien, ancienneté ni accord identifié ne permet pas de contrôler le raisonnement. Si une preuve manque, recherchez le document et sa remise ; ne transformez pas une invitation envoyée en entretien tenu.

Préparer un échange sur le parcours, pendant le travail

L’employeur organise l’entretien, réalisé par un supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction pendant le temps de travail. Il aborde les compétences mobilisées, leurs évolutions possibles, le parcours, les besoins de formation, les souhaits professionnels, le CPF et le conseil en évolution professionnelle. Un document est rédigé et une copie remise au salarié. Source : L. 6315-1, I.

Envoyez un ordre du jour permettant au salarié de préparer ses questions. Le manager apporte les évolutions connues des métiers et les possibilités réellement envisageables. Il distingue ce qui est décidé, ce qui doit être étudié et ce qui ne peut pas être proposé actuellement.

Les objectifs commerciaux, les reproches et la notation relèvent de l’entretien d’évaluation. Pour le parcours, une difficulté peut être abordée sous l’angle d’une compétence à développer, sans transformer l’échange en procédure d’appréciation ou de sanction. Un souhait de mobilité ne vaut pas engagement de promotion ; le compte rendu doit rendre cette différence visible.

Dans les entreprises de moins de trois cents salariés, le salarié peut préparer l’entretien avec un conseil en évolution professionnelle ; l’employeur peut solliciter le conseil de proximité de son OPCO. Ces aides ne transfèrent pas la responsabilité d’organiser l’entretien. Source : L. 6315-1, I.

Exemple renseigné : du premier entretien aux actions

Prenons une situation fictive. L’entreprise Aster recrute Chloé, assistante de gestion, le 1er octobre 2026. Aucun accord ne modifie ici la périodicité légale. Le premier entretien a lieu le 3 novembre 2026, pendant son horaire de travail, avec sa responsable. Il intervient bien pendant la première année.

La fiche suivante illustre le contenu du compte rendu ; elle ne constitue pas un formulaire réglementaire imposé.

Rubrique Résultat de l’échange fictif
Compétences actuelles Suivi des commandes et facturation maîtrisés ; initiation nécessaire aux tableaux de suivi de trésorerie
Évolution du métier Regroupement prévu des informations de gestion dans un outil commun ; besoin d’en comprendre les contrôles
Besoin de formation Formation aux tableaux de gestion, à intégrer au programme de l’année suivante
Souhait professionnel Chloé souhaite découvrir la préparation du budget ; aucune promotion n’est promise à ce stade
Décision immédiate Responsable chargée de rechercher une formation et d’organiser une séquence d’observation
CPF et accompagnement Information donnée sur le CPF et le conseil en évolution professionnelle ; aucune mobilisation forcée du compte
Document Compte rendu remis à Chloé le 3 novembre ; observations éventuelles adressées aux RH

Le calendrier retient une prochaine échéance périodique au plus tard le 3 novembre 2030, sous réserve d’un événement intermédiaire ou d’une règle conventionnelle nouvelle. Pour le premier état des lieux, l’entreprise choisit dans cet exemple le 3 novembre 2033 : sept ans après le premier entretien, conformément à la possibilité prévue par L. 6315-1(II). Ce choix est conservé avec son fondement ; il ne découle pas d’une règle générale de sept ans entre tous les bilans.

L’action n’attend pas 2030 : dans ce scénario, la responsable confirme en décembre une session pour mars 2027, Chloé la suit et le justificatif est classé. L’observation du travail budgétaire est réalisée en avril. Les RH renseignent les actions effectivement accomplies, sans confondre réservation d’une place et formation suivie. Ces dates illustrent une organisation, pas des délais légaux.

Les besoins retenus alimentent le plan de développement des compétences. Si la formation recherchée n’est pas disponible, le responsable explique la difficulté et propose une nouvelle décision datée. L’absence d’offre ne doit pas être enregistrée comme une action réalisée.

Traiter les événements intermédiaires

Supposons, indépendamment du cas précédent, qu’un salarié reprenne après un congé de proche aidant le 5 octobre 2026. Son dernier entretien de parcours date du 10 septembre 2025 : il est extérieur aux douze mois précédant la reprise, donc un entretien doit lui être proposé. Avec un entretien réellement tenu en mars 2026, cette proposition systématique au titre de la reprise n’aurait pas le même déclencheur. Les autres échéances restent à examiner.

Reliez ainsi le congé de proche aidant au calendrier sans faire circuler les justificatifs privés dans le compte rendu professionnel. De même, la reprise après absence peut nécessiter des démarches distinctes auprès du service de prévention et de santé au travail.

Pour une visite de mi-carrière le 12 octobre 2026, programmer l’entretien au 1er décembre respecte le délai de deux mois. L’employeur traite les mesures proposées par le médecin et les adaptations professionnelles, sans demander le diagnostic. Le compte rendu récapitule les sujets abordés et les suites. L’interdiction d’accéder aux données de santé figure expressément dans L. 6315-1(IV).

Préparer l’état des lieux et l’éventuel abondement

L’état des lieux ne se réduit pas à constater le dernier entretien. Il vérifie les entretiens prévus sur la période et apprécie formation, certification, progression salariale ou professionnelle. Un accord peut prévoir d’autres modalités d’appréciation dans les limites légales. Source : L. 6315-1, II et III.

Dans les entreprises relevant du seuil d’au moins cinquante salariés, le contrôle de l’abondement correctif exige de rapprocher les entretiens et au moins une formation autre que celle visée par L. 6321-2. Réunissez les preuves de ces deux dimensions ; un tableau de formations ne démontre pas que les entretiens ont eu lieu. Les règles d’effectif et de franchissement de seuil renvoient à L. 130-1 du Code de la sécurité sociale. Source : L. 6323-13.

La formation visée par L. 6321-2 conditionne l’exercice d’une activité ou d’une fonction en application d’un texte légal, réglementaire ou d’une convention internationale. Ne classez pas comme « obligatoire » toute formation simplement décidée par le manager. Source : L. 6321-2.

Lorsque l’abondement correctif est dû, R. 6323-3 fixe son montant à 3 000 euros et organise le versement et la transmission des informations au plus tard le dernier jour du trimestre civil suivant la date de l’entretien pris en compte. Ce mécanisme ne signifie pas que les entreprises plus petites seraient dispensées des entretiens. Source : R. 6323-3, I à IV.

Le compte rendu reste accessible aux personnes chargées du suivi. Un projet de reconversion externe n’a pas à être diffusé à tous les managers. Conservez les éléments nécessaires pour expliquer les décisions et établir les obligations, sans notes sur la vie privée sans rapport avec le parcours. Si le salarié conteste une formulation, distinguez correction d’une donnée inexacte et désaccord sur une appréciation, en gardant une trace intelligible des observations. Source : Art. 5(1)(c), (d) et (f) du RGPD.

Ce qu’il faut retenir

  • Identifiez séparément les échéances périodiques et les événements de carrière.
  • Recalculez les délais en conservant l’historique et l’accord applicable.
  • Remettez un compte rendu distinguant souhaits, engagements et décisions à instruire.
  • Suivez les actions réalisées et leurs preuves jusqu’à l’état des lieux.

FAQ

Le salarié refuse de signer le compte rendu : que conserver ?

L. 6315-1 exige un document et sa remise. Conservez la version remise, la preuve de transmission et les observations ou le refus, sans présenter une signature absente comme obtenue. Examinez aussi les exigences conventionnelles applicables.

Faut-il inscrire un diagnostic dans le document de mi-carrière ?

Non. Consignez les mesures professionnelles proposées et les suites examinées ; l’employeur n’a pas accès aux données de santé dans ce cadre.

Un entretien de fin de carrière impose-t-il un départ ?

L’échange sur le maintien dans l’emploi, le temps partiel ou la retraite progressive n’est pas une décision de rupture. Chaque mesure envisagée conserve ses propres conditions et démarches.

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À propos de l’auteur. Thiébaut Devergranne est docteur en droit privé, titulaire du CAPA et fondateur de Legiscope. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

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