Donneespersonnelles.fr

Plateforme de veille en conformite numerique

Lundi 28 septembre 2026
RGPD

Cabinet médical : transmettre un dossier à un confrère

Transmission d'un dossier médical : vérifiez la demande, le confrère destinataire et les pièces utiles avant un envoi sécurisé.

Transmettre un dossier médical à un confrère suppose de vérifier le motif, le patient, le destinataire et les documents nécessaires. Une adresse sécurisée protège le transport ; elle ne donne pas au destinataire un droit général de consulter tous les dossiers du cabinet. L’envoi doit aussi laisser une trace permettant de comprendre ce qui a effectivement été remis.

Le circuit dépend de la demande : préparer une consultation, accompagner un changement de médecin ou répondre au droit d’accès du patient ne conduit pas toujours au même périmètre. Voici une méthode pour organiser ces opérations sans transformer le secrétariat en arbitre médical.

1. Identifier la finalité avant de préparer un export

L’article L. 1110-4, II du Code de la santé publique autorise l’échange entre professionnels identifiés qui participent tous à la prise en charge, pour les informations strictement nécessaires à la coordination, à la continuité des soins, à la prévention ou au suivi médico-social et social. Le III distingue le partage au sein de l’équipe de soins du partage hors de cette équipe, qui requiert le consentement préalable de la personne. Le IV impose l’information sur son droit d’opposition, exerçable à tout moment. Source : L. 1110-4.

L’appartenance à une même profession ne suffit donc pas. L’équipe de soins correspond aux critères de L. 1110-12 : participation directe à la prise en charge et l’une des formes d’organisation ou de reconnaissance prévues. Une messagerie commune ne crée pas, à elle seule, cette équipe. Source : L. 1110-12.

Demande reçue Qualification à établir Conséquence pratique
Un spécialiste prépare une consultation Participation à la prise en charge et utilité des pièces Le médecin sélectionne les informations nécessaires
Le patient change de médecin Volonté du patient, nouveau destinataire et continuité Tracer sa demande et organiser la transmission utile
Le patient demande son dossier par un médecin désigné Procédure d’accès aux informations de santé Appliquer le périmètre et les délais de cette procédure
Un médecin intervient pour un assureur Finalité différente de la prise en charge Ne pas appliquer automatiquement le circuit de soins

Le consentement exigé pour certains partages ne détermine pas automatiquement la base légale RGPD. Le traitement doit satisfaire l’Art. 6(1) et une exception de l’Art. 9(2), notamment l’Art. 9(2)(h) pour les soins dans ses conditions, avec les garanties de secret de l’Art. 9(3). La demande du patient ne transforme pas toutes les opérations en traitements fondés sur son consentement. Source : RGPD, articles 6 et 9. Le guide RGPD du cabinet médical replace ces décisions dans l’organisation générale.

2. Traiter correctement une demande d’accès

Lorsque le patient désigne un médecin comme intermédiaire, celui-ci ne reçoit pas seulement ce qu’un autre médecin juge utile à une consultation. L. 1111-7 ouvre l’accès aux informations de santé formalisées ou échangées par écrit, sous réserve notamment des informations provenant de tiers étrangers à la prise en charge ou concernant de tels tiers. Une synthèse choisie unilatéralement ne remplace donc pas une demande portant sur l’ensemble des informations communicables. Source : L. 1111-7.

Le texte prévoit une communication au plus tard dans les huit jours de la demande, après un délai de réflexion de quarante-huit heures. Le délai maximal passe à deux mois si les informations datent de plus de cinq ans ou dans le cas prévu de saisine de la commission départementale des soins psychiatriques. Ces délais propres à l’accès ne sont pas un délai d’attente à imposer à toute transmission urgente entre soignants.

Selon R. 1111-1, le détenteur vérifie l’identité du demandeur et, le cas échéant, la qualité du médecin intermédiaire. Les délais courent à compter de la réception ; l’ancienneté de cinq ans s’apprécie à partir de la constitution de l’information. Une demande imprécise appelle une clarification des modalités, sans classement silencieux ni remise à zéro automatique du suivi. Source : R. 1111-1 à R. 1111-3.

Depuis le 30 juillet 2026, R. 4127-46 rappelle que le médecin fait droit à la demande d’accès dans les conditions réglementaires. Le médecin intermédiaire agit dans les seuls intérêts du patient et se récuse en cas de conflit d’intérêts. Utilisez cette version, issue du décret n° 2026-691, plutôt qu’une ancienne clause de procédure. Source : décret, article 20.

3. Organiser les vérifications entre secrétariat et médecin

Le secrétariat enregistre l’origine de la demande, rapproche les éléments d’identité du dossier et vérifie les coordonnées professionnelles. Il ne choisit pas seul les pièces cliniques à exclure. Le médecin valide le périmètre et les éventuelles restrictions ; la personne chargée de l’expédition contrôle que les fichiers correspondent à cette validation.

Pour une adresse nouvelle, utilisez une source professionnelle indépendante de l’email reçu, puis confirmez le circuit avec le cabinet destinataire si nécessaire. Vérifiez aussi s’il s’agit d’une boîte nominative ou d’une boîte partagée et qui peut y accéder. Une signature d’email et une suggestion de saisie automatique ne démontrent ni la qualité du demandeur ni son intervention auprès de ce patient.

En présence d’un doute sur l’identité, gardez la demande ouverte et contactez la personne par des coordonnées déjà connues. Demandez uniquement les éléments nécessaires à la résolution du doute. Pour un mineur, un majeur protégé ou une personne décédée, faites examiner les qualités du demandeur et les restrictions particulières de L. 1111-7 ; une relation familiale ne suffit pas à établir un accès intégral.

4. Préparer un bordereau exploitable : exemple rempli

Exemple entièrement fictif. Le 5 octobre 2026, une patiente demande à son cabinet de transmettre les éléments utiles à son nouveau médecin traitant, désigné dans sa demande. Le médecin valide une synthèse, deux comptes rendus et les prescriptions nécessaires à la poursuite des soins. Ce choix illustre une transmission de soins, sans limiter une éventuelle demande distincte d’accès complet.

Champ du bordereau T28 Valeur retenue dans l’exemple
Patient Référence interne P-204 ; identité rapprochée du dossier
Demande Reçue le 5 octobre ; changement de médecin et destinataire désigné
Validation Médecin du cabinet, le 6 octobre ; quatre documents sélectionnés
Destinataire Nouveau médecin identifié ; adresse professionnelle vérifiée indépendamment
Inventaire Synthèse S1, comptes rendus C1 et C2, prescriptions P1
Remise Envoi sécurisé le 6 octobre ; réception et ouverture des quatre fichiers confirmées le 7
Suite Trace intégrée au dossier ; export temporaire supprimé après contrôle

Le bordereau ne reproduit pas les diagnostics. Les pièces restent dans le dossier médical et l’accès au suivi administratif est limité aux personnes habilitées. Le tableau est une proposition d’organisation, pas un formulaire réglementaire obligatoire.

À l’ouverture des fichiers, C2 contient une page d’un homonyme : l’expédition est interrompue. Le médecin corrige le périmètre, le classement erroné est signalé et les quatre documents sont vérifiés de nouveau avant l’envoi. La simple suppression d’une page dans l’export aurait laissé l’erreur dans le dossier source, susceptible de réapparaître à la prochaine consultation.

Si le médecin destinataire demande ensuite des examens complémentaires, le cabinet examine cette nouvelle demande et complète la trace. Il ne rouvre pas indéfiniment un accès à tous les dossiers sous prétexte que le premier échange était légitime.

5. Sécuriser la remise et gérer un échec

L’Agence du Numérique en Santé décrit MSSanté comme un espace de confiance reposant sur des opérateurs, un annuaire et des référentiels. Les boîtes peuvent être nominatives, organisationnelles ou applicatives. Ce dispositif facilite un canal adapté aux échanges de santé ; la sélection du destinataire et du contenu reste indispensable. Source : ANS, MSSanté.

Appliquez une vérification finale de l’adresse, du patient et des pièces jointes. Évitez les copies à des destinataires sans rôle établi. Pour un dossier volumineux, contrôlez que les documents restent lisibles, complets et accessibles dans le dispositif retenu. La remise sécurisée d’une copie volumineuse précise les contrôles de disponibilité et d’accès.

Un accusé technique ne prouve pas toujours que le bon professionnel a pu exploiter le document. Dans l’exemple T28, le retour du destinataire clôt cette vérification. Si le message est rejeté, corrigez le problème par le circuit sécurisé prévu et prévenez le médecin pour éviter une rupture de soins ; ne basculez pas spontanément vers une adresse personnelle proposée à la dernière minute.

En cas d’envoi au mauvais destinataire, cherchez immédiatement à limiter la divulgation, conservez les éléments utiles et évaluez l’incident. L’Art. 33(1) impose la notification à l’autorité compétente, si possible sous 72 heures après connaissance, sauf absence de risque pour les droits et libertés. L’Art. 34(1) vise l’information des personnes lorsque le risque est élevé, sous réserve de ses exceptions. Toute violation doit être documentée selon l’Art. 33(5) ; une promesse de suppression ne dispense pas de cette analyse. Source : RGPD, articles 32 à 34.

6. Conserver le dossier après transmission

Transmettre une copie ne supprime pas la responsabilité de conservation. Depuis juillet 2026, R. 4127-45 renvoie expressément aux mêmes durées que celles prévues pour les établissements par R. 1112-7, ou aux dispositions spécifiques de la structure d’exercice. Ce dernier prévoit notamment vingt ans depuis le dernier séjour ou la dernière consultation externe, avec adaptations pour les jeunes patients, le décès et les recours mettant en cause la responsabilité médicale. Sources : décret, article 19, R. 1112-7.

Distinguez ce dossier de l’export créé pour expédition : ce fichier temporaire ne doit pas devenir une archive parallèle sur le bureau. Conservez la preuve utile de transmission et appliquez au reste la politique documentée. Lors d’une fermeture, le plan de cessation du cabinet doit prévoir le détenteur des archives et le traitement des demandes futures.

Ce qu’il faut retenir

  • Qualifiez la demande avant de sélectionner les documents.
  • Distinguez échange de soins, partage et accès du patient.
  • Faites valider les pièces médicales et vérifiez le destinataire indépendamment.
  • Clôturez la remise en traitant les échecs, puis gérez séparément archives et exports.

FAQ

Une adresse MSSanté autorise-t-elle tout envoi ?

Non. Le canal sécurisé ne remplace ni la participation à la prise en charge ni les conditions applicables à l’échange. Vérifiez le rôle du destinataire pour cette opération précise.

Faut-il toujours transmettre le dossier complet ?

Une transmission de soins porte sur les informations nécessaires. Une demande d’accès du patient peut concerner l’ensemble des informations communicables ; elle ne peut être réduite arbitrairement à une synthèse.

Le dossier peut-il être supprimé après le transfert ?

Non, pas pour ce seul motif. Les durées de conservation continuent de s’appliquer. La suppression des copies temporaires après remise répond à une autre logique que la destruction des archives médicales.

Recevez nos analyses pratiques sur la conformité RGPD dans la newsletter.

Thiébaut Devergranne, docteur en droit et fondateur de donneespersonnelles.fr, travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

En savoir plus sur l'auteur →