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Samedi 26 septembre 2026
CGV / E-commerce

Force majeure : appliquer la clause avec méthode

Force majeure : apprécier les critères, documenter l’empêchement et organiser suspension ou rupture selon les effets réels sur le contrat.

Un fournisseur invoque la force majeure parce qu’il ne peut plus livrer à la date convenue. La qualification ne découle ni du titre de son courriel ni du nom de l’événement. Il faut examiner l’obligation empêchée, les possibilités de l’exécuter autrement et la durée probable de la difficulté.

Appliquer les critères à l’obligation précise

L’article 1218 retient un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait raisonnablement être prévu lors de la conclusion et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées, lorsqu’il empêche l’exécution de son obligation. Les critères doivent être rapprochés des faits du contrat. Source : Code civil, article 1218.

Décrivez d’abord ce qui n’est plus possible : obtenir un composant déterminé, accéder à un site ou fournir une prestation donnée. Une difficulté économique ou organisationnelle ne démontre pas, à elle seule, l’empêchement requis. La date à laquelle le contrat a été conclu compte aussi dans l’analyse de la prévisibilité.

Constituer un dossier factuel

Point examiné Pièces ou questions utiles
Événement Date, périmètre et éléments indépendants de confirmation
Obligation empêchée Clause, livrable, quantité ou échéance affectée
Prévisibilité Informations disponibles à la conclusion
Mesures possibles Alternatives étudiées et raisons documentées de leur insuffisance
Durée Estimation prudente et facteurs d’évolution
Autres prestations Ce qui peut encore être exécuté
Échanges Information du partenaire et propositions de traitement

Cette grille ne présume pas la qualification. Elle permet à la personne qui décide de ne pas confondre une explication générale de crise avec les effets propres au contrat.

Lire la clause sans s’arrêter à la liste d’événements

Les CGV d’une prestation peuvent prévoir une notification, des justificatifs et un calendrier d’échange. Examinez la portée exacte de la clause : certaines stipulations aménagent le risque, d’autres reprennent simplement la définition légale. La seule présence des mots « grève », « panne » ou « intempéries » ne dispense pas de comprendre le mécanisme convenu et sa validité.

En B2C, une clause qui neutralise excessivement les obligations du vendeur doit aussi être confrontée au contrôle du déséquilibre significatif de L. 212-1. La qualification contractuelle ne suffit pas à écarter les droits impératifs du consommateur. Source : L. 212-1.

Choisir entre suspension et fin du contrat

L’article 1218 distingue l’empêchement temporaire, qui suspend l’exécution sauf si le retard justifie la résolution, et l’empêchement définitif, qui entraîne la résolution de plein droit et la libération dans les conditions des articles 1351 et 1351-1. Il ne suffit donc pas de dater le début de l’événement : sa conséquence sur l’exécution doit être appréciée. Source : article 1218.

Préparez une décision écrite : prestations concernées, maintien des éléments exécutables, prochaine date d’examen, conséquences sur les échéances et traitement des sommes déjà versées. Ces mesures pratiques ne préjugent pas de l’issue juridique du dossier.

Pour une livraison B2C, examinez également les règles spécifiques de délivrance et de remboursement. Le chapitre L. 216-1 à L. 216-8 organise notamment les recours du consommateur en cas de défaut de délivrance ; la force majeure alléguée ne doit pas conduire l’assistance à répondre automatiquement « aucun remboursement ». Source : Code de la consommation.

Éviter une suspension sans suivi

Fixez un responsable et une date de réexamen. Si une solution devient possible, actualisez le dossier et informez le partenaire. Une suspension initialement justifiée ne signifie pas que toutes les obligations peuvent rester gelées sans contrôle.

La clause résolutoire répond à un autre mécanisme. En présence d’une relation commerciale durable, la rupture B2B et son préavis doivent également être analysés dans leur cadre propre.

Ce qu’il faut retenir

  • Qualifiez l’empêchement concret, pas seulement l’événement.
  • Documentez prévisibilité, alternatives et durée.
  • Distinguez suspension temporaire et impossibilité définitive.
  • Vérifiez séparément les sommes dues et les droits du consommateur.

FAQ

Toute panne constitue-t-elle une force majeure ?

Non : les critères doivent être examinés dans le contrat concerné. L’origine, la prévisibilité et les mesures permettant d’éviter les effets comptent dans l’analyse.

Une hausse des coûts suffit-elle ?

Elle ne démontre pas à elle seule une impossibilité d’exécuter au sens de l’article 1218. La difficulté économique et l’empêchement sont deux questions à qualifier précisément.

Peut-on cesser d’informer le client après la première notification ?

Ce serait une mauvaise organisation du dossier. Suivez l’évolution de l’empêchement, les obligations prévues au contrat et les décisions nécessaires au partenaire.

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À propos de l’auteur. Thiébaut Devergranne est docteur en droit privé, titulaire du CAPA et fondateur de Legiscope. Il travaille depuis plus de vingt ans sur le droit des technologies et la protection des données.

Thiébaut Devergranne
Docteur en droit des nouvelles technologies (Paris II)

Docteur en droit, Thiébaut Devergranne travaille en droit des nouvelles technologies et en protection des données personnelles depuis plus de 20 ans. Il a accompagné des centaines d'organisations dans leur mise en conformité RGPD et est le fondateur de Legiscope, logiciel de conformité RGPD.

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